Edito

Le bien commun

Le beau temps aidant, les travaux des champs avancent bon train. Bien ressuyée, la terre roule sur le versoir de la charrue, puis les mottes se désagrègent avec une certaine élégance sur la crête rectiligne d’un brun profond. « La terre est belle », assure le laboureur en émiettant du pouce le substrat granuleux et fertile qui filtre entre ses doigts.

En ce début mai, la terre fraîchement labourée recèle des mille promesses d’une année culturale généreuse. Cette promesse d’un beau maïs 2018 n’est pas seulement le fruit du travail présent ; elle s’enracine dans le long fil des générations de paysans qui ont respecté, travaillé et amendé cette terre nourricière. Plus que quiconque, de Virgile à la révolution de la mécanisation agricole, le paysan sait la terre précieuse. Sait la valeur de ce bien commun.

Fin de cette image d’Épinal… « La détérioration des terres à l’échelle planétaire est massive », alerte le « Giec de la biodiversité » qui s’est réuni en mars dernier en Colombie. En 2018, seul un quart des surfaces de la planète échappe encore à l’activité humaine ; elles ne représenteront plus que 10 % à l’horizon de 2050. C

Conséquence de la dégradation à grande échelle des terres : les espèces animales et végétales se raréfient, ce qui constitue une menace à terme pour la production alimentaire et le stockage du carbone si nécessaire à la lutte contre le réchauffement climatique. Pour écarter le péril qui menace l’humanité et inciter à davantage de sobriété, les experts suggèrent d’intégrer le coût écologique dans le prix des aliments. Quelque part dans un champ, en Bretagne, un cultivateur émiette la terre fraîchement labourée en répétant : « Cette terre est belle ; cette terre est précieuse ».

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