Cultures

Blé noir : la tradition a du bon

Rencontre avec un producteur finistérien qui a choisi de cultiver du blé noir sur ses terres, avec de nombreux avantages agronomiques à la clé.

Sur les 180 ha de SAU que compte l’exploitation de Thierry Rannou, jeune agriculteur installé à Ergué-Gabéric (29), une partie de la sole est tous les ans consacrée à la culture de blé noir. Cette polygonacée lui plaît pour différentes raisons. « Le sarrasin n’apprécie pas les terrains trop pauvres, il se plaît dans les sols moyennement pourvus. Si les conditions sont trop riches, les risques de verse sont présents, avec une rupture de la circulation de la sève montante, et les grains avortent. Un sol riche retardera aussi la date de récolte. 40 à 50 unités suffisent pour la nutrition azotée », témoigne le Finistérien.

Cette année, Thierry Rannou a semé son blé noir à la mi-mai, la culture précédente étant un maïs grain. « Je n’ai apporté aucune fertilisation, le maïs ayant reçu du fumier ». Le semis a été réalisé après 2 faux-semis. Sensible aux carences en potasse et en bore, le sarrasin n’aime pas la concurrence au démarrage. « Les conditions sèches de début de cycle peuvent bloquer l’assimilation d’éléments nutritifs. Il faut aussi être vigilant par rapport aux pigeons qui picorent les cotylédons ». L’idéal pour réussir l’implantation étant de recevoir une légère pluie derrière le semis.

La culture en chiffres
•Semences : 50 €/ha.
•Préparation de sol et semis : 100 à 120 €/ha.
•Récolte : 145 €/ha.
•Frais de séchage (norme : 14 % humidité) : 30 à 60 € / t.
•Total charges (sur une moyenne de rendement de 15 q/ha) : 340 à 450 €/t.
•Prix payé au producteur IGP : 700 € / t. Montant provisoire pour la campagne en cours.
•Marge brute : 250 à 360 € / t soit 375 à 540 €/ha.

Peu d’effet sur les taupins

Le blé noir est une espèce qui colonise rapidement les champs, laissant ainsi peu de place aux adventices, en tout cas quand les conditions climatiques le permettent. En revanche, Thierry Rannou casse une idée reçue sur des propriétés allélopathiques de la culture. « Il y a peu d’effet sur les taupins. Le blé noir est semé dense, à une période de l’année où il démarre très vite. Les plantules sont alors seulement moins sensibles aux attaques ». Le cycle moyen de culture sur le Sud-Finistère est estimé à 145 jours.

La densité de semis, de 35 à 45 kg / ha suivant le PMG, suffit pour obtenir des rendements compris entre 11 et 20 quintaux. « La rentabilité est atteinte à plus de 15 quintaux. Comme les rendements sont aléatoires, il est raisonnable de ne consacrer que 5 à 15 ha, pas plus, à cette culture d’été ».

Les terres sont libérées rapidement après l’été, l’idéal étant de récolter « entre le 15 septembre et le 1er octobre, tout en étant vigilant à l’égrainage. La meilleure solution passe par une coupe avancée sur la moissonneuse, type colza. Les engins de récolte doivent être parfaitement nettoyés, sous peine de retrouver des graines de céréales venant polluer les lots. Le sarrasin est un excellent précédent pour les céréales à paille, car le rapport C/N des résidus laissés au champ est faible : les pailles se dégraderont rapidement ». Le sarrasin a peu d’effets sur la structure du sol, car il ne développe que peu de racines souterraines. 

Un cahier des charges strict
Christine Larsonneur, directrice de l’association Blé Noir Tradition Bretagne, rappelle que « les producteurs doivent respecter un cahier des charges strict. Le blé noir sert à l’alimentation humaine, avec un produit haut de gamme. C’est pourquoi il est primordial de garantir une situation géographique de production, avec une absence de traitement chimique. Les producteurs se professionnalisent afin de maîtriser la culture qui doit être exempte de datura ». Blé Noir Tradition Bretagne accueille tous les producteurs intéressés par la culture, qui doivent se rapprocher de leur coopérative pour plus de conseils.
Mots-clés

Peut vous intéresser

Bouton retour en haut de la page
Fermer