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Une saison au Canada

Après ses études agricoles, Quentin Le Fur est parti travailler sur une ferme canadienne. Au Printemps, il y retourne.

Bottes, ceinturon, chapeau, blue-jean… Avec malice, Quentin Le Fur arpente les rues de Lesneven (29) dans la peau d’un cow-boy. Les stigmates de son tout récent séjour au Canada. « Au Québec, en milieu rural, cette tenue est assez répandue », sourit-il. « Là-bas, je fréquentais un bar de Sainte-Perpétue où je me suis mis à la danse country. Tout le monde y était habillé de la sorte ! »

Changer d’air en se professionnalisant

Après un Bac pro CGEA à Pommerit (22), le jeune homme obtient en juin 2018 un diplôme de BTS Acse à l’Iréo de Lesneven. Son projet est clair : « Dans les 4 à 8 ans, m’installer en reprenant une ferme pour développer l’exploitation familiale. » Mais laisse aussi le temps de se forger une expérience. Dès la fin de ses études, le Finistérien confie à ses parents, agriculteurs à Lanhouarneau (29), l’envie de partir au Canada. « Une sorte de rêve américain. » À l’automne, son père repère sur les réseaux sociaux une offre d’emploi au Québec. « Après m’être renseigné sur les propriétaires bien connus au lycée Pommerit, je leur ai posé des questions par Internet. » En 15 jours d’échange, les choses étaient réglées et la procédure pour obtenir un permis de travail lancée. « Courant novembre, Chantal Leclerc, ma future patronne, a fait appel à un organisme spécialisé qui s’occupe des papiers. Cela coûte environ 1 000 $ canadiens à l’employeur, soit près de 700 €. » Début mars, elle recevait l’autorisation et le jeune salarié débarquait le 18 avril 2019 pour la saison aux champs.

Les pareurs américains couchent l’animal pour opérer.

Les Bretons ont la cote

Les Français ont toutes les chances de trouver un patron au Canada à condition de s’y prendre assez tôt (voir encadré). « Là-bas, il y a une véritable pénurie de main-d’œuvre dans tous les secteurs : hôtellerie, bâtiment, agriculture… Celui qui est motivé trouvera un job. Et puis, les Bretons sont réputés pour être très travailleurs… »
Le Finistérien a ainsi passé 6 mois sur la ferme MCF Leclerc à Trois-Rivières, à mi-chemin entre Québec et Montréal. 80 laitières, 125 ha dédiés aux fourrages (prairies, luzerne, maïs et blé de printemps). « J’ai découvert la race Brown Swiss ou Brune. Une vache rustique qui produit un lait riche. Je prévois d’ailleurs d’importer quelques embryons à destination du troupeau familial », raconte-t-il. Le logement des animaux à l’attache pendant 300 jours par an, les silos-tours avec un système de reprise du fourrage par le dessus, la mélangeuse en poste fixe qui alimente un petit automoteur de distribution de la ration… Dépaysant pour le Breton.

Lors de son séjour au Québec, Quentin Le Fur a adopté la tenue des cow-boys.

Par ailleurs, en termes de techniques culturales, celui-ci estime que les Canadiens sont en avance : « Pour limiter la consommation de carburant, ils bannissent peu à peu la charrue et les outils animés, sauf pour les récoltes des fourrages. Les agriculteurs optent souvent pour le semis direct en blé. Les roues jumelées sont plébiscitées pour limiter le compactage du sol… » Dans les champs, le maïs OGM est partout : « Le désherbage se limite à un seul traitement à base de glyphosate au stade 4 – 5 feuilles. Mais là-bas aussi, le mouvement des consommateurs contre cette matière active a démarré… » Pour autant, il estime que l’État canadien soutient davantage son agriculture qu’en France. « Par exemple, à la télé, eux ne tapent pas sur la profession. »

Un autre séjour calé pour 2020

Rentré des Amériques le 4 novembre dernier, sa valise pleine de miniatures agricoles « vendues 45 % moins chères », Quentin Le Fur n’a qu’une idée en tête : repartir. « Je trouve le Canada très beau. La culture est riche. Les Québécois parlent français, mais utilisent un vocabulaire différent. J’ai mis un mois à bien les comprendre », explique le désormais passionné de danse country et de rodéos. D’ailleurs, tout est déjà organisé. « J’ai trouvé un nouveau patron. 400 vaches et 500 ha. Par rapport à mon projet futur en Bretagne, je voulais me frotter à une ferme hors-norme pour nous. » Décollage prévu au printemps.

Du travail d’avril à octobre
« Au Canada, c’est le plein-emploi. Il y a pénurie de main-d’œuvre partout », rapporte Claude Le Hervé, enseignant en charge des stages à l’étranger à Pommerit (22). « Comme la filière mexicaine est tarie, beaucoup de Guatémaltèques sont recrutés pour les tâches les plus basiques en élevage. » Les personnes qualifiées, titulaires d’un Bac pro ou d’un BTS par exemple, ont accès à des emplois à responsabilité. « Entre le dégel et le début des semis de printemps et le retour de la neige après la récolte du maïs, il y a du travail d’avril à octobre. Et les Bretons, méticuleux avec les animaux et sachant conduire le tracteur sont demandés… » Comment trouver des offres? Claude Le Hervé conseille de fouiner sur kijiji.ca (« Le Bon Coin du Canada ») et de contacter l’Union des producteurs agricoles (www.upa.qc.ca). Quentin Le Fur recommande de se rapprocher des lycées agricoles qui ont des adresses et de suivre la page Facebook « Machinerie agricole » où il est possible de déposer sa candidature. Derniers conseils : « Cherchez tôt, avant janvier, car l’obtention du permis de travail prend plusieurs mois. Et surtout, en fin de contrat, quittez aussitôt le territoire, les douaniers canadiens ne plaisantent pas avec les durées de séjour. »

Payé à l’heure

La rémunération est fixée par secteur d’activité. « Nourri, logé et disposant d’une voiture, pour un contrat de 40 heures hebdomadaires, je touchais 15 $ canadiens de l’heure, soit environ 10 € », précise Quentin Le Fur. Le véhicule est un avantage important car, au Canada, tout est éloigné. « Par exemple, le mercredi, je faisais 45 minutes de route pour atteindre le pub où je prenais des cours de danse. » Les employeurs prennent aussi en charge les frais de permis de travail et les billets d’avion.

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