Miser sur la production intensive de fourrages

gaec_jaglin-lait-fourrage-pie-rouge - Illustration Miser sur la production intensive de fourrages
« Sur la voie de l’agriculture écologiquement intensive », le Gaec Jaglin, à Saint-Gilles-Vieux-Marché (22), mise sur la performance technico-économique d’une ration s’appuyant au maximum sur les fourrages.

« Si elle te coûte cher, l’efficacité alimentaire en soi ne vaut pas le coup. Je préfère parler d’efficience alimentaire », démarre José Jaglin installé avec ses parents Claudine et Jean-Pierre. Pendant des années, ce passionné de zootechnie a fait le calcul du lait produit par kilo de matière sèche (MS) ingéré toutes les semaines pour analyser la performance technico-économiques du troupeau. « Aujourd’hui, ce n’est plus qu’une fois par mois », concède celui qui a pris des responsabilités au sein des Jeunes Agriculteurs.

Une ration encombrante assumée

Au Gaec, le troupeau (en traite robotisée) sort en prairie de mars à octobre. En pleine pousse, d’avril à juin, l’herbe pâturée représente un tiers de la ration. « La ration est alors un peu plus économique. Mais la différence de coût alimentaire n’est pas forcément si importante car, tout au long de l’année, le régime s’appuie sur beaucoup de fourrages autoproduits. » Pour l’éleveur, enrubannage et ensilages, ramenés au coût de MS ingérée, ne sont finalement pas beaucoup plus coûteux.

« Un ray-grass – trèfle blanc pâturé permet de sortir 6 t MS / ha. Quand on enrubanne 12 à 15 t MS / ha d’une association trèfle – luzerne – fétuque », illustre-t-il. Et de rappeler que « les parcelles en luzerne ou trèfle réclament très peu d’intrants, pas d’azote et rarement de désherbage… » Sans oublier que le coût du matériel de récolte est plutôt maîtrisé : « Beaucoup de co-propriété à 2 ou 3 exploitations. En propre, nous n’avons qu’un semoir, une charrue et un andaineur qui retourne près de 100 ha par an : 35 à 40 ha de couverts et 3 ou 4 coupes sur les parcelles de légumineuses. »

Le pied sur le frein de la conjoncture

En cet automne, le troupeau tourne à 23 kg de lait par vache et par jour pour des animaux à 200 jours de lactation. « Le niveau d’étable atteint 7 500 L sur 2016, 1 500 de moins que 18 mois auparavant. Je pousse moins du fait de la conjoncture. Avec des fourrages de qualité et du renouvellement à disposition, je ne cherche pas à faire du lait pour du lait. » Depuis qu’il a réduit l’apport de concentré, José Jaglin avoue constater quelques problèmes de pattes. « Sans doute parce que je tire sur les vaches qui font le maximum avec peu. Par contre, l’état corporel se maintient. » 23 kg de lait produits au quotidien pour à peine 19 kg de MS avalés (aliments compris) : « J’ai conscience que cette ingestion est faible. Notre ration est volumineuse, encombre les vaches. C’est la conséquence d’une alimentation basée sur beaucoup de fourrages, dont du trèfle et de la luzerne toute l’année. »

Ration encombrante assumée et tendres dérobées

Actuellement, le mélange (en MS / VL / jour) comprend 4,7 kg d’ensilage de maïs, 2,4 kg d’ensilage d’herbe, 2,4 kg de betterave, 1,1 kg de paille de blé, 130 g de lithothamne et 100 g d’urée. « Beaucoup de paille », concède le producteur de lait. « Mais nous cherchons à ralentir le transit digestif car cette ration est très humide. Les recommandations parlent de mélange autour de 38 % de matière sèche. Le nôtre se situe à peine à 30 %. Heureusement, la mélangeuse à pales permet d’aérer cette alimentation lourde et humide. »

Cette fibre de la paille stimule la rumination quand les enrubannés sont tendres. Avec la luzerne, c’est moins nécessaire car le fourrage contient des tiges. « Mais pour un trèfle violet ou un ensilage de ray-grass avant maïs, il n’y en a pas. » En effet, pour la récolte des dérobées, les associés n’attendent pas de « faire du volume » et ramassent au contraire « avant que les tiges se forment ». Dans une stratégie d’optimisation des fourrages sortis à l’hectare, depuis trois ans, toutes les surfaces après moisson de céréales sont ainsi semées vers la mi-septembre. « Avec du ray-grass italien classique et un peu de trèfle incarnat qui a du mal à venir. » Tout est ensilé début avril avant de préparer les terres pour une culture de maïs.

En plus du mélange à l’auge équilibré pour une production de 18 L de lait par jour, les animaux sont complémentés au robot en fonction de leurs performances. Maximum 2 kg d’un correcteur azoté contenant 60 % de tourteaux tannés. Et jusqu’à 3 kg d’un concentré de production blé-maïs façonné par la coopérative. « Une formule personnalisée à 45 % de maïs pour l’effet by-pass et la forme moins acidogène de son amidon. »

Coût alimentaire maîtrisé mais économie fragile

« Le coût alimentaire se situe autour de 75 € / 1 000 L en ration hivernale. Et passe à moins de 65 € quand du lupin autoproduit est introduit comme correcteur azoté », rapporte José Jaglin. Avec sa ration encombrante, il juge la performance laitière de son troupeau un peu limitée. « Mais quand on prend en compte les 36 de TP et 49 de TB, ramenées en lait standard, l’efficacité alimentaire est actuellement de 1,38 L de lait par kg de MS ingéré. La moyenne bretonne est de l’ordre d’1,1. »

C’est la valeur ajoutée des Pie Rouge : « Des taux et une bonne capacité à valoriser les fourrages. Avec un prix de base du lait à 280 € / 1 000 L ce mois-ci, les 55 € de plus-value taux font du bien. Malgré ce bonus et la maîtrise du coût alimentaire, nous sommes à peine à l’équilibre économique. Il reste des charges de structure non compressibles liées à mon installation en 2010, la mise aux normes avec couverture de la fumière, l’achat des deux robots Lely d’occasion en 2011 et la construction du bâtiment génisses… »


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