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Le prix du porc sous la pression des Espagnols

Les frigos se vident au Nord de l’Europe mais les Espagnols digèrent mal la forte augmentation de leur production. Autre inquiétude : la consommation de porc frais est en berne.

La situation est atypique sur  le marché européen. Les Espagnols sont à la traîne en termes de prix payés aux producteurs. « Sur les vingt dernières années, cela c’est produit deux à trois reprises seulement. Le prix espagnol est déconnecté à la baisse », explique Jean-Pierre Joly, directeur du Marché du porc breton. 1,15 € du kg  payé en Espagne, 1,22 €/kg en Allemagne et 1,27 €/kg en France, la semaine dernière. « Le poids à l’abattage s’est alourdi de 2 à 3 kg car il y a peu de fluidité actuellement dans la péninsule ibérique. Et avec les volumes qu’ils produisent… ». Le volume supplémentaire de production (7 % l’an dernier et 3 % encore cette année) trouve difficilement preneur. Ils exportent à prix bas et plombent le marché européen.

J’étais favorable à un encadrement strict des promotions en GMS. Vendre à 1,50 €/kg pour le producteur, cela fait mal ; notre travail n’est pas valorisé. Mais les habitudes de consommation sont un fait. Le consommateur est habitué à acheter de la viande de porc en promo. Sans cette mise en avant en GMS, la consommation a pris une claque en fin 2016. Il faut donc assouplir le système. Peut-être 4 périodes de 15 jours au lieu des deux fois un mois comme actuellement. Pour la fixation du prix pendant la promotion (baisse de 50 % maxi du prix moyen hors promo du mois précédent), c’est également très compliqué. Là aussi, il faut peut-être trouver une autre formule. En janvier dernier, les promotions ont dopé les ventes et permis de dégager de la production. La bonne formule reste à trouver. Philippe Bizien, président du CRP

Records d’exportations

Une chance pour les Européens : la parité euro-dollar favorise les exportations vers les pays tiers. La Chine tire le marché. « Les achats du 1er trimestre sont en hausse de 90 % », explique Estelle Antoine, de l’Ifip. « Les Chinois ont décapitalisé récemment, surtout dans les petites structures. Le prix de la viande de porc a flambé. Les produits étrangers sont donc concurrentiels sur le moment ». Fait nouveau : l’importation de pièces augmente plus fortement que les co-produits, moins bien valorisés.

Le Japon, qui importe des pièces à haute valeur, les Philippines, Hong Kong et désormais la Corée, sont demandeurs. Résultat : les exportations vers les pays tiers atteignent des records : 580 000 tonnes sur les deux premiers mois 2016. Plus qu’en 2012 (ancien record). Cette année-là, 134 000 tonnes (sur les deux mois) partaient vers la Russie, fermée aujourd’hui. « Avec la Russie, le tableau serait exceptionnel. Malheureusement, il n’y a rien à attendre de ce côté-là », reprend Jean-Pierre Joly. « Les démarches au plus haut niveau n’ont rien donné. Ils importent 300 000 tonnes par an contre plus d’1 million auparavant, du Brésil essentiellement ».

L’embargo politique pourrait être levé mais l’embargo sanitaire lié à la peste porcine perdurera. L’explosion des cas dans les pays Baltes sur les sangliers sauvages n’arrange rien. « On recense 10 à 20 cas chaque semaine », précise Estelle Antoine. « Même si, on le sait bien, il y a aussi des cas en Russie ». La crise économique, liée à la baisse des prix du pétrole, a probablement aussi une influence à la baisse sur les achats russes. « Le potentiel reste élevé. La crise a ralenti les projets de développement de la production. Ils ne seront pas autosuffisants aussi rapidement qu’ils ne le pensaient ». Estelle Antoine rappelle que 90% des volumes s’écoulent sur le marché intérieur de l’Union européenne. « L’export, représente seulement 10 % de la production mais permet de soutenir les prix ».

Foot et météo, au secours

Les stocks privés, réalisés par le Danemark, les Pays-Bas et l’Allemagne, s’écoulent actuellement. « Les deux tiers des volumes sont sur le marché. La deuxième vague se fera en fin mai-début juin ». La consommation en France reste sur une tendance à la baisse. « Le frais est en chute de 5 % sur le 1er trimestre par rapport aux mêmes mois de l’an dernier. La charcuterie, qui représente ¾ des ventes, est stable », indique l’ingénieur de l’Ifip. Les longs weekends traditionnels du mois de mai, favorables aux grillades, feront défaut cette année. La filière espère une météo ensoleillée et une coupe d’Europe de football réussie pour tirer la consommation du frais. La tendance à la modération est générale dans les pays membres de l’Union.

Moins de truies

Une baisse de la production devrait se faire sentir en fin 2016. « Le nombre de truies en baisse de 3 % au dernier recensement (déc. 2015) dans l’UE ne pourra être comblé qu’en partie par l’augmentation de la prolificité. Il faut maintenant attendre les données sur le recensement du printemps. Il y a peut-être eu des cessations d’activité dans le nord de l’Europe. La Rabobank souhaitait une restructuration de la production aux Pays-Bas en raison des pertes trop élevées des élevages naisseurs, par exemple ». Quoi qu’il en soit, l’année 2016 devrait être difficile. Quand on doit compter sur un bon parcours de l’équipe de France de foot…

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