Edito

Au travail

Chacun se souvient de cette mamie de 65 ans, gérante d’un petit café près d’Arras, jugée par le tribunal correctionnel pour travail dissimulé après un contrôle de l’Urssaf. Son crime : son conjoint, âgé de 70 ans, l’aidait de temps en temps à servir des verres. Il n’en fallait pas plus aux inspecteurs zélés pour caractériser le travail illégal. La « mamie bistro » s’est retrouvée à la barre du tribunal entre les dossiers d’agressions sexuelles et de bagarre à coup de tenaille.

Autant dire que si les inspecteurs s’aventuraient dans les exploitations agricoles selon les mêmes critères, ils feraient bonne récolte. Une étude du réseau RMT travail a en effet montré que la main-d’œuvre bénévole représente 1 200 heures de travail en moyenne dans un tiers des exploitations « lait + culture ». Soit 0,8 UTH ; ce qui en passant signifie que lorsque l’on annonce un revenu moyen de 20 000 €/UTH, il est en réalité bien inférieur.

Dans le contexte de crise actuel, le recours à la main-d’œuvre gratuite est encore plus prégnant en élevage. Les témoignages de « solidarité familiale » débordent désormais du traditionnel coup de main donné par l’agriculteur retraité qui a du mal à décrocher. Aujourd’hui, les exemples d’enfants adultes, d’épouses salariées à l’extérieur, de frères et sœurs, d’amis, qui participent au travail de l’exploitation le week-end ou pendant leurs congés sont légion.

Dans ce monde où règne l’individualisme, on peut certes se féliciter de cette solidarité qui n’est pas encore un vain mot dans le monde rural. Mais on peut surtout s’alarmer pour cette agriculture qui n’arrive plus à rémunérer sa main-d’œuvre, quand bien même les volumes produits par chaque agriculteur n’ont cessé d’augmenter de façon spectaculaire depuis une trentaine d’années.

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