Morbihan

Assemblée : Des contrats pour une forme de régulation

Rencontre avec Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine (FNP) qui tiendra son assemblée générale la semaine prochaine en Bretagne.

Avant le rendez-vous de Ploërmel (56), vous n’hésitez  pas à parler de « producteurs en mode survie »…

Oui, il n’y a pas d’autres mots. À chaque bilan, les ateliers enregistrent des pertes. Une perte structurelle estimée à 15 ct / kg depuis plusieurs mois, plusieurs années même. Qui peut continuer à travailler en mangeant de l’argent ? L’assemblée générale est notre rendez-vous annuel pour faire le bilan de l’année écoulée et exprimer nos revendications du moment. Il est évident que le sujet prioritaire sera la conjoncture, vu ce que vivent les éleveurs.

Dans cet environnement porcin « ultralibéral et sans plus aucun filet de sécurité », qu’espère ou entrevoit la FNP ?

Notre devoir est de trouver des moyens pour redonner un peu d’espoir aux éleveurs. La priorité : retrouver un équilibre du prix le plus vite possible et arrêter de produire à perte. Pour cela, il est urgent de rénover les relations commerciales dans la filière afin que les producteurs touchent le fruit de leur travail.
En France, il n’y a plus de lien entre les prix payé à l’éleveur, 1,4 € / kg carcasse, et payé par le consommateur entre 6 et 8 €. Il y a largement la place pour un commerce plus loyal renvoyant un peu de la plus-value, captée quasi en totalité par la distribution, vers les élevages. Reste à trouver la mécanique adéquate…

La FNP parle de contractualisation pour « assurer cette juste redistribution »…

C’est une solution étudiée effectivement. On en parle parce que le marché ne rétribue plus naturellement le producteur. Notre souhait n’est pas un contrat pour une plus-value sur un prix de base, mais d’ouvrir le débat pour un engagement entre parties sur un volume, une durée et un prix. Un prix avec des indicateurs faisant évoluer la base du contrat, en fonction des fluctuations du marché des matières premières par exemple.
Comme on peut vendre du blé avant de l’avoir semé, par analogie et avec toutes les précautions nécessaires, l’éleveur devrait avoir différentes pistes de rémunération : marché, contrats divers et variés…

Intégration, menace du cadran… Des voix s’élèvent contre les contrats.

Attention, pas d’amalgame, contractualisation ne veut pas dire intégration. Nous représentons des entrepreneurs libres qui veulent choisir. Et puis, la contractualisation existe déjà dans les exploitations. Même l’apport de ses porcs à un groupement est une forme de contractualisation.
Cette réflexion ne vient pas non plus en concurrence du cadran, mais en complément. Aujourd’hui, grâce au Marché de Plérin, nous bénéficions de la plus grande transparence du commerce du porc en Europe. Mais les abatteurs bretons achètent des cochons sans aucun engagement : ils n’ont qu’à se baisser pour les ramasser. L’éleveur devrait pouvoir vendre une partie au Marché de Plérin, et prévendre l’autre partie en contrat. Ensuite, à chacun d’arbitrer, pour tout ou partie, entre les deux voies de commercialisation.

Un Porc français reconnu mais pas payé

« Pour une meilleure rémunération des producteurs, il faut également aboutir à une meilleure valorisation du Porc français qui est identifié et qui correspond à un poids et une qualité donnés. Car il est reconnu par l’ensemble du réseau commercial de l’aval…», explique Jeff Trébaol de la FNP. « Reconnu mais pas payé quand derrière se cachent respect des normes environnementales et bien-être et précautions sanitaires draconiennes. Tous les pays en Europe n’ont pas ce niveau d’exigences. Malheureusement, un certain nombre d’acteurs n’ont qu’un seul point d’arbitrage : le prix des pièces, quitte à laisser de côté notre qualité… »

Comment l’aval entrevoit ce dispositif ?

Nous n’avons pas de rejet en bloc, pour autant il n’est pas facile d’avancer. Cette contractualisation ne peut pas se construire contre, mais seulement avec les acteurs de l’aval. Nous voulons d’autant plus l’aborder avec eux que GMS et transformateurs travaillent souvent avec des contrats pour leurs approvisionnements.
En Bretagne, Leclerc et Intermarché qui détiennent tout l’aval-abattage-découpe, salaisons et magasins- seraient en mesure de proposer des modes contractuels assez poussés. Après, tout reste à écrire. Pour les autres groupes, c’est sans-doute plus compliqué, même si Carrefour contractualise déjà en viande ovine ou bovine…

Quel bénéfice l’industriel pourrait y trouver ?

L’abatteur qui a contractualisé sur un prix et un volume a davantage de lisibilité pour faire du commerce. Il sait d’où vient sa matière première, l’a identifiée en termes de poids et de qualité de porc. C’est une certaine sécurité en matière de flux.
De même, les éleveurs ont besoin de développer davantage la contractualisation avec leurs fournisseurs. Signer à l’avance son aliment permet de connaître son coût de revient pour une durée déterminée. Sans cela, à quoi bon et comment contractualiser sur un cochon vivant… C’est un tout. Si le producteur peut s’engager en amont et en aval, il sera plus à l’aise pour conduire et faire évoluer son atelier. Face à une concurrence effrénée entre acteurs en France, la contractualisation permettrait de remettre une forme de régulation. Car, vu les moyens financiers nécessaires pour se lancer et le risque encouru, il n’est plus possible de laisser les éleveurs travailler sans filet. Propos recueillis par Toma Dagorn

L’avis de Jeff Trébaol, installé à Plouguin (29), 1er vice président de la FNP

Nous voulons une régulation et une réduction des périodes de promotion. Nous nous battons pour que le porc en promotion ne soit pas vendu en dessous d’un prix plancher. En janvier, notre viande a parfois été bradée en GMS pour moins cher que des aliments pour animaux de compagnie. C’est insupportable.
Ce hold-up où le prix dans les rayons n’a rien à voir avec ce que perçoit l’éleveur a lieu avec la caution des politiques et de la DGCCRF. Nous sommes écoutés avec bienveillance, mais ensuite rien n’avance. Nous nous heurtons à l’Administration, aux représentants de la FCD… En fait, la situation de déprime de l’agroalimentaire en France convient parfaitement à la grande distribution : les enseignes font fortune sur notre dos et l’État se graisse au passage. Dans notre pays, la seule doctrine est l’intérêt du consommateur. Mais attention si on veut faire fonctionner a minima l’économie française… Les cochons espagnols ne feront jamais vivre les ouvriers bretons.

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