Productions Agricoles

Comprendre son sol pour semer le maïs en direct

Introduit dans la ferme pour des raisons financières et d’organisation du travail, le semis en direct des cultures de Jean-François Sarreau donne des résultats sur le plan environnemental et agronomique.

Coup de bourre dans les champs ces derniers jours pour les chantiers de semis de maïs. Les températures sont là, les dates de semis sont respectées. Chez les habitués du semis direct, la pression semble moins forte pour réaliser l’implantation de la culture dans de bonnes conditions. « Nous sommes à 16°C de température de sol. Le top départ des semis est donné à 10°C », explique Jean-François Sarreau, agriculteur à Landeleau (29). Adepte de la technique depuis de nombreuses années, la maîtrise du procédé a cependant pris un certain temps afin de lever toutes les problématiques rencontrées.

Moins de minéralisation

Quand on travaille son sol pour y implanter des cultures de printemps, il se réchauffe plus rapidement et il va minéraliser la part d’azote qu’il contient. Ce n’est, bien sûr, pas le cas en semis direct. « Il faut anticiper sa fumure, sous peine de se retrouver avec des développements de végétation moins importants sur les cultures de printemps. J’ai donc anticipé ma fertilisation il y a un mois avec une solution azotée. Au semis, j’apporte 40 unités d’azote dans la ligne de semis pour concentrer au maximum l’énergie aux racines de la plantule ».

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Pas de travail du sol pour positionner la graine de maïs. Avec une cadence de semis de 1,5 ha/h, la consommation moyenne de carburant est de 4 L/ha.

Un désherbage facilité

Avant le semis, un désherbage total a détruit le couvert et les herbes indésirables présentes. « Il n’y a pas d’enfouissement des graines de mauvaises herbes en semis direct. Les adventices vont donc être détruites soit naturellement en surface, soit avec le désherbage de la culture. Dans tous les cas, le désherbage sera facilité par des levées synchronisées, alors qu’un labour aura tendance à échelonner le salissement de la parcelle », observe Jean-François Sarreau.
Autre prédateur des cultures de printemps : les limaces. Mais là encore, la nature est bien faite. « Je n’utilise qu’1 kg d’anti-limace par hectare, par confort. Le semoir Semeato dépose 500 grammes de produits dans le sol, et 500 grammes sur la raie de semis. L’objectif est de viser les limaces grises qui ne sortent jamais de terre ». Les carabes sont ainsi épargnés, car ils restent en surface et sont alors peu sensibles à ces petites doses de substance active.

D’autres leviers sont utilisés pour lutter contres les ravageurs, notamment avec le choix variétal. « Je sélectionne des variétés avec une très bonne vigueur de départ, qui émergent rapidement. J’ai également observé que les limaces sont attirées par certaines variétés alors que d’autres semblent moins appétentes. Les facteurs génétiques seront les prochains progrès à réaliser par les semenciers ».

Concernant la densité de semis, l’objectif de 95 000 plants par hectare est visé. « Il faut creuser de ce côté : nos sols ont une activité biologique qui minéralise mieux, et le stockage supérieur de carbone assure des capacités de réserve en eau supérieures. Je pense que nous pourrons élever les potentiels de rendements à niveau de charge constant ». C’est à force de persuasion, d’observation et par des connaissances biologiques que l’agriculteur finistérien a réussi en 20 ans à lever petit à petit les freins à un semis dans un couvert. « Je suis passé d’une exploitation des sols à une activité conservatrice puis désormais améliorante ». L’agressivité de la terre vis-à-vis des outils est une très bonne illustration de ce changement de composant du sol, qui « n’est plus en contact avec du minéral comme de la silice, mais avec des matières organiques ». Le remplacement des pièces d’usures du semoir s’est ainsi espacé au fil des années. Fanch Paranthoën

l’importance du couvert avant le maïs

Dans la rotation de la ferme, le sol n’est jamais laissé à nu pour conserver une bonne structure et pour favoriser la vie de la faune des champs, comme les vers de terre ou les carabes, prédateurs naturels des limaces. La féverole, implantée en mélange après céréales, a joué ce rôle, et plus encore. « C’est un couvert qui apporte beaucoup plus au maïs, de par son système racinaire et par son apport d’azote. D’autres couverts, comme l’avoine, n’ont pas ces facultés, car elles produiront un carbone ligneux plus difficile à dégrader. La féverole a une action solidaire pour la culture, mais il nous reste encore énormément de choses à expliquer, car nous travaillons de façon empirique », pense l’agriculteur. Pourtant, ces pratiques, très bénéfiques pour limiter l’érosion des sols et diminuer les apports d’intrants, méritent que la recherche s’y intéresse.

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