La production de lait à la croisée des chemins

fdsea-lait - Illustration La production de lait à la croisée des chemins

La fin des quotas sera le moment de vérité pour le « modèle à la française ». Est-ce que la contractualisation peut marcher, ou les producteurs de lait doivent-ils opter comme les pays du Nord de l’Europe pour le tout libéral ?

« Pour l’après-quotas, nous allons devoir trancher entre la contractualisation ou la libéralisation », déclare André Bonnard, trésorier de la FNPL et producteur laitier dans le département de la Loire. Lors de la journée lait organisée par la FDSEA et JA 35 le 27 janvier à Pacé, il a rappelé les deux solutions qui s’offrent aux producteurs laitiers français. « Avec une gestion de marché par la demande, les volumes seront contraints par nos clients. Mais les industriels doivent dans ce cas comprendre que cela a une valeur, et pas celle des marchés internationaux. Il faudra alors que la contractualisation fonctionne et qu’elle soit appliquée par les différentes parties. Ce qui n’est pas le cas actuellement. L’action en justice menée par des organisations de producteurs (OP) Lactalis contre leur laiterie est un exemple de ce que pourraient être les nouveaux modes d’actions syndicales dans un tel schéma. »

« Insupportable alignement vers le bas »

Avec 372 €/1 000 L en moyenne annuelle sur 2014 (prix de référence final), Triballat, représentant 85 producteurs, est la laiterie qui a le mieux rémunéré ses producteurs sur l’Ille-et-Vilaine. Elle est suivie de la laiterie Saint-Père, d’Agrial et de Bongrain, à 364 €. Plus globalement, les responsables de la FDSEA dénoncent la tendance qu’ont eu les entreprises à s’aligner sur le moins-disant. « Ce manque à gagner va peser lourdement dans les trésoreries au moment de traverser une période de turbulence des prix. »

Deuxième solution, opter pour une gestion par l’offre avec une libéralisation totale, en acceptant donc une très forte volatilité. Les OP ont aussi leur place dans ce système. « Les volumes ne sont alors pas limités. »

Davantage de liberté

Toutefois, la fin des quotas ne va pas révolutionner les exploitations dans une grande partie de la France. « Les producteurs vont cependant bénéficier de davantage de liberté et pourront avoir l’exploitation qu’ils souhaitent avoir. » André Bonnard précise : « Les responsables de la FNPL ne souhaitent pas que seuls les meilleurs restent. » Les meilleurs peuvent d’ailleurs ne pas l’être tout le temps, face aux divers aléas (climatiques, marchés…), face à des investissements devenus insupportables.

Sur le travail, des solutions existent

Avec l’agrandissement de la taille des troupeaux et face aux aspirations des éleveurs à pouvoir mieux maîtriser leur temps, l’enjeu du travail devient prégnant en production laitière. La FDSEA et JA 35 ont cette année invité les producteurs à se poser la question « Le travail sur mon exploitation : Où en suis-je ? Comment faire mieux ? ». Afin de mener une réflexion sur son organisation, la première étape consiste à définir ses objectifs. Le producteur pourra ensuite se projeter à 10 ans, puis bâtir un plan d’actions. « Le travail est une notion complexe qui touche à des aspects très personnels. Un panel de solutions existe, passant par la rationalisation, la simplification des pratiques, ou encore les nouvelles technologies », énumère Emmanuel Béguin, chef du service Travail en élevage et approches sociales à l’Institut de l’élevage.

« Avant de recourir à de la main-d’œuvre extérieure, il est important de faire le point sur le volume de travail et sa répartition sur l’année, de se demander quels travaux je suis prêt à déléguer, quel coût ?… » Là aussi, l’éventail de solutions est large : externalisation de l’administratif, des travaux, apprenti, salarié, service de remplacement, association… Sur le département, des relais existent pour ceux qui se posent des questions sur le travail : Chambre d’agriculture, FDSEA, AEF, services de remplacement…

Appréhender différemment la distribution

Lors de la rencontre, les difficiles relations de la filière laitière avec la grande distribution ont été mises sur le tapis. Malgré la Loi de consommation qui oblige à inclure dans les contrats des variations en fonction du prix du lait, les renégociations demeurent inexistantes en France. « Nous devons passer des deals avec la distribution, l’appréhender autrement. En Allemagne, les prix de vente aux consommateurs évoluent en fonction du prix du lait. Les producteurs allemands ont davantage misé sur l’export, et sont donc moins dépendants de leurs distributeurs. » Agnès Cussonneau


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