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Filière bois : Changer de regard sur ses haies

Occupant en moyenne 80 m/ha de parcelle agricole, la haie peut aussi contribuer au revenu de la ferme. Un groupe de travail s’est constitué sur le Pays de Brocéliande avec l’objectif de recréer une filière locale bois d’œuvre.

« Les arbres de haies évoluent dans des conditions plus favorables qu’en forêt, avec un meilleur sol, sur des talus, bénéficiant de lumière. Le potentiel de production est là, permettant une valorisation en bois d’œuvre », précise Gilles Pichard, ingénieur au Centre régional de la propriété forestière. En Bretagne, des filières ont été créées avec le bois de bocage transformé en bûches, plaquettes, paillage. Mais aujourd’hui, la valorisation énergétique concurrence le débouché en bois d’œuvre qui a pourtant plus de valeur marchande. « En faisant du bois d’œuvre, on fera de toute façon du bois énergie. »

Concurrence du bois énergie

« Des troncs de plus de 1 m de diamètre peuvent aujourd’hui passer dans les déchiqueteuses. De beaux fûts d’arbres sont abattus chaque année pour le bois énergie », regrette un agriculteur qui participait mercredi 17 décembre à une rencontre portant sur l’opportunité de construire une filière locale bois d’œuvre sur le Pays de Brocéliande*.

Une étude sur l’évaluation de la ressource et l’opportunité de créer une filière a été menée auprès de 12 exploitants du Pays propriétaires de haies, totalisant 43 km de bocage, dont 30 % de jeunes haies. Sur les haies anciennes, 1 arbre sur 2 exprime un potentiel en bois d’œuvre, et 1 sur 3 sur les jeunes haies est en situation favorable pour cette utilisation. « 5 agriculteurs se servent ou se sont servis de leur bois autrement qu’en bois de chauffage, surtout pour des piquets de clôtures, mais aussi de la charpente, du bardage, de la litière… », souligne Laëtitia Goupil, conseillère à l’antenne Chambre d’agriculture du Pays de Brocéliande.

Sensibilisation et formation

Mais plus de la moitié des enquêtés ne savent pas reconnaître un arbre potentiellement valorisable en bois d’œuvre, ni comment le tailler. Un gros travail de sensibilisation, de mobilisation et de formation reste à faire. Auprès des agriculteurs certes, mais aussi du côté des utilisateurs de bois. Un questionnaire va être réalisé sur 200 personnes en aval. « Aujourd’hui, les scieries ne se déplacent pas pour deux ou trois arbres. Et elles importent beaucoup de bois. Les menuisiers et charpentiers trouvent que les bois d’importation sont moins lourds et moins chers », précise Bernard Beaudoin, menuisier, qui regrette la perte de savoir-faire local.

Quelle valeur pour le bois d’œuvre ?

  • Bonne qualité de chêne et châtaignier : 90 à 180 €/m3 sur pied.
  • Qualité intermédiaire (chêne pour charpente ou poteau) : 60 à 90 €/m3 sur pied.
  • Qualité médiocre (palette, traverse) : 35 à 60 €/m3 sur pied.
  • Mauvaise qualité (bois bûche) : 22 €/stère sur pied.

Le bocage peut apporter du bois pour la construction, y compris sur des exploitations en local, pour les aménagements extérieurs ou la menuiserie, l’ébénisterie… Yannick Robert, gérant de Forêt bois avenir (société de conseil auprès des propriétaires d’arbres et de commerce/négoce de bois) conseille aux agriculteurs de faire le diagnostic de leur ressource en bois et d’établir un plan de gestion. « Grâce à des scieries mobiles, le bois peut être récolté. Des lots de troncs groupés en bord de route trouvent preneur… Par ailleurs, des essences spécifiques comme le cormier, l’orme ou l’aulne sont mieux valorisées. » Un livret pratique va être édité à l’attention de la profession agricole. Agnès Cussonneau

* Depuis un an, un groupe de travail étudie la possibilité de recréer une filière locale bois d’œuvre, regroupant l’association « l’Arbre Indispensable », l’entreprise « Bois de Brocéliande », les animateurs Breizh Bocage, le Centre Régional de la Propriété Forestière, les Chambres d’agriculture du Morbihan et d’Ille-et-Vilaine, le Conseil général d’Ille-et-Vilaine, la Draaf Bretagne, l’entreprise « Forêt Bois Avenir » et le Syndicat Mixte de Production d’Eau Potable du Bassin Rennais.

L’avis de Gilles Pichard, Ingénieur au Centre régional de la propriété forestière

Pour pouvoir être valorisés en bois d’œuvre, les arbres des haies bocagères doivent être « éduqués », avec trois tailles entre 3 et 6 ans. La technique s’apprend rapidement, sur une demi-journée. Après, cette taille de formation, réalisée avec de petits instruments comme le sécateur, ne prend qu’environ 6 h/km de haie. L’élagage à la tronçonneuse n’intervient qu’après 6 ans. Le lamier est à proscrire quand on veut faire du bois d’œuvre. Dans les haies bocagères, on pourrait mettre davantage d’arbres de haut jet, valorisables en bois d’œuvre. Sur les haies anciennes qui ont été mal gérées, des solutions existent parfois. Dans les anciennes châtaigneraies par exemple, on peut repartir de la souche.

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