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Champ libre aux légumes

Le bio dégage de la marge

À l’EARL Tartivel à Pludual (22), on produit du chou-fleur biologique à grande échelle de père en fils, à la recherche d’une meilleure valorisation de la production.

L’agriculture biologique est menée depuis de nombreuses années sur les terres de Kerguyomarc’h, en Pludual (22). « Mes parents exploitaient 80 ha en conventionnel, et mon père a fait le choix de la conversion en agriculture biologique dans les années 90, en dédiant 25 ha de l’exploitation à cette conduite. C’est ensuite la totalité de l’exploitation qui est passée petit à petit à ce mode de production. Il a fait ce choix dans un contexte difficile ou les choux-fleurs étaient détruits plutôt que payés. Son itinéraire technique était déjà raisonné, il a donc décidé de franchir le pas. J’ai grandi pour ma part dans ce contexte, et à ma sortie de parcours scolaire, j’ai dû présenter les chiffres de ma future exploitation. Je n’avais alors pas à rougir. J’étais le seul Costarmoricain de la promotion à me lancer dans le bio  », explique Jean-François Tartivel.

Jean François Tartivel et son frère Fabien
Jean François Tartivel et son frère Fabien, producteurs à Pludual (22), sont passionnés par la culture bio du chou-fleur.

Ce jeune exploitant aime à rappeler sa vision écologique de l’agriculture, et en particulier des écosystèmes qui se mettent en place dans ses champs. Lui s’est lancé directement en bio en montant 5 000 m² de serres sur 6,5 ha cédés par son père. Il a augmenté ses surfaces par la conversion en bio de 30 ha. « Les serres alimentent le magasin de vente directe de l’exploitation en petits légumes, avec une gamme large d’une trentaine de références. La vente directe oblige à diversifier son offre ». La question de cette reconversion réussie trouve sa réponse naturellement : « Je suis passé à cette production biologique car, avec une bonne maîtrise de la culture, on produit aussi bien en valorisant mieux ces marchandises ».

Les bons résultats techniques sont obtenus en récoltant des choux de taille moyenne, afin qu’ils soient toujours protégés par les feuilles. La marchandise est alors bien blanche. « Les attaques de chenilles sont fréquentes cette année, mais ce n’est pas spécifique aux cultures biologiques puisque les choux conventionnels sont aussi concernés. Dans ce cas, je remarque que la chenille se déplace peu de plants en plants, et ne se développe seulement que sur quelques foyers », estime Jean-François. Sans réelles comparaisons possibles entre producteurs de choux biologiques, les résultats techniques sont aussi bons qu’une conduite classique.

Valorisation des choux

Cette valorisation s’illustre aussi dans la production de choux-fleurs. L’étrogneuse permet au producteur de produire de la fleurette. « Je livre les collectivités en fleurette de chou ainsi que chez Bourguignon, grossiste en fruits et légumes à Trémuson (22).

L’étrogneuse à chou
L’étrogneuse à chou assure le débouché en fleurette.

Ce procédé m’assure un débouché pour la totalité de ma production : quand le feuillage du chou ne passe pas en frais, mais que la pomme est de qualité, je la transforme en fleurette. Une vigilance doit cependant être apportée à la fraîcheur du produit, car il se conserve moins bien. Je récolte donc le soir pour une livraison au lendemain. L’étrogneuse a été achetée en Belgique, pour un coût de 10 000 €. Nous avons fait ce choix suite à une demande de Pronatura, qui nous avait sollicités pour ce type de produit. Au départ, nous produisions la fleurette avec un plantoir à bulbes, jusqu’à 12 tonnes par jour », se souvient-il.

Plusieurs circuits de distribution

La production de Jean-François Tartivel se vend à travers plusieurs circuits de distribution. Outre la vente à des grossistes ou à la Sarl Le Potager de Kerlouan, la compagne de l’exploitant anime les marchés de la région le lundi, mardi, jeudi et vendredi. Le magasin de la ferme est, quant à lui, ouvert le mercredi et le samedi matin, ainsi que le vendredi soir.

Garder son indépendance

Jean-François Tartivel a un contrat industriel de livraison avec Pronatura. « Cela me permet de sécuriser mon revenu. Quand les cours sont bas, je livre à un prix établi. J’approvisionne également le potager des Korrigans de Kerlouan (29). Produire en bio, c’est aussi bien sûr se dégager des marges plus importantes, même si les plants sont au départ plus chers. Il y a deux semaines, le cageot de 8 choux était rémunéré à 6,7 €, soit 83 centimes la tête. Cette semaine, je les valorise à plus de 1 € la tête entre 8 € et 8,5 € le colis de 8 choux. Il faut retirer de cela 1 € d’achat de cageot ».

La rotation des cultures de l’exploitation est également bien pensée. « Avec les choux-fleurs et la trentaine de petits légumes de la serre, je cultive aussi l’hiver du navet, des brocolis et du chou frisé. J’ai en culture de printemps du maïs et le 1,5 hectare de blé me produit le paillage nécessaire pour les tomates », conclut ce légumier plein de bon sens. Fanch Paranthoën

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