Soja : l’Argentine reste la clé du marché

marche-cereale-soja-export-proteine-tournesol-prix - Illustration Soja : l’Argentine reste la clé du marché

Allons-nous revivre sur le marché du soja un remake de l’an passé ? Les USA sont de nouveau à sec, après 4 mois de campagne, et le monde attend avec impatience que les sojas brésiliens investissent le marché…et que l’Argentine largue ses stocks ! Les Chinois sont toujours aussi présents, et la logistique sud-américaine s’annonce sportive.

L’an dernier, les importateurs et les utilisateurs français, effrayés par l’écart de prix entre les campagnes* nord et sud américaines, avaient attendu le dernier moment pour passer aux achats. Tous s’en sont mordus les doigts, car le marché des tourteaux n’a cessé d’être approvisionné au compte-gouttes depuis un an. Au début de la saison 2013, le Brésil a en effet pris seul le relai des États-Unis, car les fermiers argentins, malgré une grosse récolte, ne se sont pas jetés dans la bagarre. Cette année, le contexte semble identique à quelques nuances près, qui pourraient tout changer.

Récolte brésilienne plus précoce

Tout d’abord, la récolte brésilienne pourrait atteindre 90 Mt, soit 7 Mt de plus que le record de l’an dernier. Mais surtout, elle est plus précoce et a démarré dans l’état du Mato Grosso. Maintenant que la production semble à portée de main, les vendeurs brésiliens souhaitent larguer leurs (maigres) stocks et le prix sur le marché local est en train de baisser sur les chargements de février et mars. L’année dernière, il avait fallu attendre le mois d’avril pour voir les exportations de tourteaux vraiment démarrer. Aurons-nous plus de facilité pour accéder à la marchandise cet hiver ? Il ne faudrait pas que les tourteaux achetés ne puissent être chargés sur les bateaux.

Or la congestion des routes et des ports va rester un problème important dans les prochains mois. Et puis, les conditions de chargement sur le principal port d’exportation, Paranagua, semblent s’être durcies. Le tourteau n’est, par exemple, pas prioritaire face à la graine de soja et au maïs. Les importateurs français sont donc à l’affût de tout ce qui pourrait améliorer la logistique. Charger des bateaux dans des ports brésiliens plus au nord ou encore au Paraguay devrait permettre de limiter les risques. Les agriculteurs paraguayens alignent en effet une très bonne production (9,3 Mt) et la hausse de la capacité de trituration permet au pays de se positionner sur le marché international des tourteaux.

Le tournesol en joker

Tous les oléagineux ayant regonflé leurs stocks mondiaux, il y a davantage d’alternatives au soja cette saison. En ce qui concerne le marché français et européen, c’est surtout le tourteau de tournesol qui devrait tirer son épingle du jeu. Plus trituré localement grâce à des marges intéressantes, mais aussi plus importé grâce aux grosses disponibilités mondiales, il reste un atout indéniable pour l’élevage européen. Les tourteaux riches en protéines originaires de Mer Noire mais aussi de l’usine Saipol de Bordeaux, sont une bonne alternative au soja « non OGM» réclamé dans certains cahiers des charges. Depuis 2009, leur consommation a fortement progressé. En ce qui concerne le colza, et pour parer à la baisse de production de tourteau par les usines françaises, on pourrait imaginer importer des farines canadiennes. Malheureusement, celles-ci seront sans doute largement disponibles, mais leur caractère OGM restera très limitant.

Attentisme argentin

Le marché argentin présente, quant à lui, toujours aussi peu de visibilité. Dans ce pays, plusieurs obstacles limitent l’offre. Le premier est lié à l’inflation que connaît le pays et qui alimente la rétention des producteurs. La graine représente le meilleur placement « dollar » et est donc écoulée au fur et à mesure des besoins en trésorerie des agriculteurs. Ces derniers semblent peu effrayés par l’arrivée de nouveaux sojas en avril prochain, malgré les stocks encore importants qu’ils détiennent. En effet, ils ont appris à stocker leur marchandise dans des big bags. Le deuxième obstacle est lié à l’activité de trituration fortement dépendante de la fourniture en biodiesel du marché mondial. Or celui-ci se porte mal et ne peut être suffisamment remplacé par le marché local argentin. Le troisième enfin, est lié à la météo. Il fait trop chaud et trop sec dans certaines régions productrices, et les Argentins n’aligneront peut être pas les 55 Mt escomptés (+7 Mt). Nous voilà donc avec une leçon 2013 qu’il faut garder en tête pour 2014 : nous récolterons sans doute  plus de graines en Amérique du Sud, mais cela ne signifiera pas forcément un approvisionnement pléthorique en tourteaux.

Potentiel de baisse

La moyenne du prix pour le tourteau de soja 48 % en disponible à Montoir en 2013 a été de 447 €/t contre 432 €/t en 2012 (année qui alignait pourtant 19 Mt de moins de graines !). Aujourd’hui, le scénario semble malgré tout plus favorable à une détente des prix, mais en aucun cas à une dégringolade. L’Argentine reste la clé de ce marché des protéines. Si une solution politique est trouvée pour mettre fin à la rétention des agriculteurs, et si aucune catastrophe climatique ne s’abat sur le pays, alors le marché des tourteaux n’aura plus de raison de s’inquiéter. Le potentiel de baisse existe, mais son amplitude reste difficile à évaluer. En attendant, il faut s’assurer de pouvoir recevoir les camions achetés sur la période de soudure (février/mars). Il est donc préférable de s’approvisionner via des contrats qui garantissent une marchandise disponible dès le premier jour du mois de livraison sur les ports. Patricia Le Cadre /
Céréopa. www-vigie-mp.com

*L’année se divise schématiquement de novembre à avril et de mai à octobre, chaque période étant plus influencée par la récolte aux USA pour la première et par celle de l’Amérique du Sud pour la seconde.


Fermer l'écran superposé de recherche

Rechercher un article