Politique et Syndicalisme

Marche arrière pour le revenu des exploitants agricoles

Les indicateurs de revenu de l’agriculture prévisionnels pour 2013 indiquent un recul moyen du résultat courant avant impôt par actif non salarié de 18,7 % au niveau national avec un pic à - 49,3 % pour les grandes cultures. Ce qui ramènerait les revenus des exploitants agricoles à un niveau proche de la moyenne triennale de 2000. Explications.

Le revenu moyen des exploitants agricoles atteindrait 29 400 € en 2013 en réduction de 18,7 % par rapport à 2012. Les statisticiens, qui préfèrent comparer des moyennes de trois ans pour lisser les évolutions, décrivent une baisse de 15 % entre les trois ans se terminant à 2013 et ceux qui se terminent en 2012. Cette diminution du revenu conduit à un phénomène inattendu : globalement, la situation des revenus revient à un niveau proche de la moyenne triennale 2000. Le revenu 2013 serait supérieur à la moyenne triennale 2000 de 1,3 % seulement.

Flambée des matières premières effacée

La grande « flambée » des cours des matières premières semble effacée. De fait, l’année 2013 a été particulièrement sévère pour les producteurs de grandes cultures. Le résultat courant des céréaliers et producteurs d’oléoprotéagineux s’affiche en baisse de 57,3 % entre 2013 et 2012 (-49,3 % si l’on intègre les autres grandes cultures). Pour les céréales, la récolte se maintient, estiment les statisticiens mais les prix perçus en France se sont réduits de 23 %. Baisse des prix aussi pour les oléagineux à laquelle s’ajoute une diminution des récoltes. Du coup, le revenu moyen des céréaliers en 2012, estimé initialement à 72 100 € ne serait plus aujourd’hui, après correction, « que » de 56 700 € pour 2012 et atteindrait 24 200€ pour 2013. A côté des producteurs de grandes cultures qui voient leur revenu baisser fortement, les éleveurs ne s’en sortent pas tellement mieux.

Éleveurs à la peine

Si les producteurs de lait voient leur recette progresser légèrement par rapport à l’an dernier (3,6 %), c’est la réduction pour les producteurs de bovins à viande (-8 %), ovins (-5,9 %), porcins (-11,2 %), volailles (-36,6 %) et les polyculteurs-éleveurs (-28 %). Pour tous ceux-là, les charges d’aliments du bétail restent élevées tandis que les prix de vente plafonnent. L’année qui se termine n’aura été franchement favorable qu’aux viticulteurs (+33 %). Les arboriculteurs fruitiers (+7,2 %) ne s’en sortent pas trop mal alors que les maraîchers sont, eux, face à des revenus en nette baisse (-24 %).

Estimations drastiquement revues pour les céréaliers

La volatilité frappe les grandes cultures autant à la baisse qu’à la hausse et amène les statisticiens à revoir leurs estimations. Fin 2012, les économistes évaluaient à 72 100 € le revenu céréalier moyen ; aujourd’hui, après correction et révision des prix, ce même revenu 2012 serait de 56 700 euros. Pour 2013, il est évalué à 24 200 €. Entre-temps, les grands choix de la Pac pour redistribuer vers l’élevage ont été faits, font remarquer les céréaliers… « Nous sommes en droit de nous poser des questions sur ces statistiques », confie le président de l’AGPB (producteurs de blé) Philippe Pinta.

A cela le ministre de l’Agriculture répond que « sur une moyenne triennale qui permet de lisser les variations, le revenu des grandes cultures demeure nettement supérieur à celui constaté dans l’élevage ». Tout en ajoutant que « pour mieux armer la filière (céréalière) dans ce contexte instable, une attention particulière est aussi portée par le gouvernement au renforcement de sa compétitivité. C’est l’objet des discussions en cours au sein d’un groupe à haut niveau réunissant la filière céréalière et les pouvoirs publics. » La FNSEA, pour sa part s’interroge « sur la crédibilité des statistiques de revenu agricole ».

Classement chamboulé

Cette évolution, ajoutée à celles des années antérieures, vient changer substantiellement la hiérarchie des revenus agricoles. Si l’on est proche de la physionomie générale des années 2000, c’est moins le cas lorsqu’on regarde les revenus par secteur. D’après le service de statistique du ministère de l’Agriculture, la production qui s’affiche à plus fort revenu après la viticulture est la production porcine. Soit 40 500 € (revenu courant avant impôts par actif non salarié), nettement plus que les céréaliers ou producteurs de lait. Mais c’est qu’entre-temps le secteur porcin a connu un incroyable écrémage dans les dix années qui viennent de s’écouler. 63 % des élevages ont disparu entre 2000 et 2010 indique l’Institut du porc (Ifip). Aujourd’hui, 99 % de la production porcine est réalisée par 11 000 éleveurs seulement qui, par la force des choses, dégagent un revenu plus important. Même si la production porcine elle-même a baissé, mais pas dans les mêmes proportions. L’autre production hors sol n’est pas logée à la même enseigne puisque les éleveurs de volailles ne dégageraient que 20 800 € de résultat. Les écarts s’accentuent jusqu’en 2012.

25 100 € en lait

La surprise vient également de la production laitière qui, avec 25 100 € de résultat, est présentée comme ayant un revenu équivalent à celui des producteurs de grandes cultures tandis que les éleveurs de bovins à viande plafonnent en dessous de 20 000 €. De fait, une certaine uniformisation semble se produire entre les moyennes de chacun des secteurs. Et pourtant, sur 2012 en tout cas, les statisticiens constatent que, globalement, la dispersion des résultats s’accroît. Autrement dit, toutes productions confondues, l’écart entre les meilleurs revenus et les moins bons s’accroît chaque année, parfois dans une même production. Tel est le cas des céréales où, selon plusieurs témoignages, dans les zones intermédiaires (à rendement moyen) les revenus seraient proches de zéro. Une situation à considérer de près par les éleveurs qui pensent retourner leurs prairies pour produire des grandes cultures.

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