« Le troupeau avait atteint 100 vaches. Le parc d’attente était devenu trop petit. Pour traire, il me fallait compter 2,5 à 3 heures avec les soins aux veaux, matin et soir, dans l’installation 1 x 16 postes en fin de vie… C’était long et cela usait. J’avais des douleurs aux épaules », se rappelle Marylène Toupin qui s’occupait plus particulièrement de la traite au Gaec Toupin à Bulat-Pestivien.
Un bras, deux stalles
Associée à son frère Jean-Claude et son neveu Guillaume, l’éleveuse a vu son quotidien changer depuis l’automatisation en mars 2025. « Nous voulions évoluer. D’abord améliorer les conditions de travail en évitant les gestes répétitifs de la traite conventionnelle », poursuit Guillaume dont le frère Romain est aujourd’hui salarié à mi-temps sur l’exploitation. « Mais aussi préparer la baisse de main-d’œuvre qui accompagnera le départ en retraite de notre père et de notre tante. »
Appréciant leur relation historique avec la concession Fermequip, les associés ont opté pour un robot Gemini Up double Box (Boumatic). Un équipement où un seul bras pose les faisceaux trayeurs dans deux stalles. « Cette solution nous a paru à la fois intéressante financièrement et bien adaptée pour notre effectif de 100 vaches. » Avec 18 mois de recul, Marylène Toupin apprécie l’investissement : « Les journées de travail se terminent plus tôt. L’astreinte le week-end a fortement diminué. L’activité est moins physique et les horaires plus adaptables pour se rendre disponible pour un rendez-vous privé par exemple. »
Recul du pâturage, hausse de la production
L’automatisation a aussi impacté l’approche de l’alimentation. La désileuse historique a été abandonnée au profit d’un bol mélangeur Euromark de 22 m3. « Le niveau d’étable a nettement augmenté en passant de la ration complète à la ration semi-complète complétée aux Dac des robots par du correcteur azoté 70/30 et un aliment blé-maïs. La production laitière par vache est passée de 22 kg par jour à 32 kg et elle continue de grimper », détaille Romain Toupin. La recette à l’auge reste pourtant simple : ensilages de maïs et d’herbe, blé concassé produit sur l’exploitation « et un peu de correcteur si besoin ». Par contre, les surfaces en prairies accessibles au troupeau ont été fortement réduites de 35-40 ha à 15 ha désormais « à cause d’une route à traverser ».
En mai, le stock d’herbe est rentré
Malgré cela, la robotisation n’a pas sonné la fin du pâturage au Gaec : « Les vaches sortent toujours. Nous voulions qu’elles continuent à pâturer. » Il s’agit plutôt d’un transfert : la part d’herbe dans le régime n’a pas vraiment diminué, insistent les associés devant leur remorque autochargeuse Schuitemaker de 52 m3. « Dans notre nouvelle approche, nous réalisons simplement beaucoup plus de stock sous forme d’ensilage surtout et d’enrubannage. Le fourrage est moins gaspillé en étant fauché au meilleur moment. » Selon la météo, les éleveurs – qui aiment avoir toute la chaîne de récolte en propre (matériel acheté d’occasion et bien entretenu) – peuvent faucher « jusqu’à 60 ha d’herbe toutes les six semaines si la météo est favorable » lors de chantiers efficaces qui mobilisent deux ou trois personnes. « En mai, le stock d’herbe nécessaire est rentré. »
Toma Dagorn
Sélectionner pour la traite robotisée
Le Gaec livre plus d’un million de litres de lait par campagne pour une centaine de vaches en moyenne aujourd’hui, contre 750 000 L auparavant en traite conventionnelle. « Ce volume supplémentaire paie l’investissement. Dans notre étude, nous avions prévu de produire 950 000 L pour un niveau de production de 29 kg/VL/jour. Avec déjà plus de 32 kg/VL/jour, nous livrons davantage avec 10 vaches de moins… »Globalement, Romain et Guillaume Toupin rapportent que « les vaches semblent en meilleure forme » depuis le passage en robots. « On le constate sur les performances de reproduction, l’état des réformes et le calme des animaux. La ration plus riche explique sans doute ces progrès. » La prochaine étape de travail est d’adapter la sélection génétique. « Des lignées qui marchaient bien en système salle de traite semblent moins adaptées au robot dans une conduite moins pâturante. D’autres, au contraire, se sont révélées… »

