On a beaucoup parlé de la fatigue des animaux après les épisodes de forte chaleur. Beaucoup moins de celle des femmes et des hommes qui s’en sont occupés. Pourtant, dans les élevages comme dans les champs, l’été a laissé des traces.
Il a fallu pousser des vaches qui rechignaient à rejoindre la traite, bricoler des solutions pour faire circuler davantage d’air dans les bâtiments, relever des truies pour les faire boire, multiplier les apports d’eau fraîche. En volaille, certains ont passé des heures à tenter d’éviter les étouffements, pas toujours avec succès. Dans les légumes, il a fallu déplacer les enrouleurs, surveiller les tours d’eau, irriguer de jour comme de nuit, parfois pour récolter bien moins qu’espéré.
Il faudra aussi penser à ceux qui tiennent l’ensemble debout
À ces heures de travail s’ajoute un épuisement moins visible, celui lié à l’inquiétude. Voir les stocks de fourrage fondre, les maïs griller, les prairies s’arrêter, les animaux souffrir, et les factures monter. Puis faire les comptes, entre volumes vendus en baisse, prix mal orientés, charges en hausse notamment le GNR et le maïs acheté pour nourrir les animaux.
Au Space, la semaine dernière, cette fatigue était perceptible. Le mot revenait dans les conversations. Pourtant, elle reste encore peu prise en compte dans l’accompagnement des exploitations. Les aides d’urgence seront utiles, mais elles ne compenseront ni les pertes accumulées ni l’usure de ces derniers mois. Elles n’effaceront pas non plus la crainte de revivre la même situation l’an prochain.
Le climat change. Les bâtiments, les systèmes fourragers, l’accès à l’eau devront s’adapter. Mais il faudra aussi penser à ceux qui tiennent l’ensemble debout. À force de demander aux fermes d’être toujours plus performantes et résistantes, gardons-nous d’exiger la même chose, sans limite, de ceux qui les font tourner.

