« C’était une question de survie »

À Elven (56), Jérôme Ralle irrigue 120 de ses 200 hectares pour sécuriser ses cultures légumières. Mais cette année, ses trois réserves collinaires n’ont pas suffi à compenser la sécheresse et la canicule.

Un homme dans un champ de navets - Illustration « C’était une question de survie »
Jérôme Ralle dans une parcelle irriguée de navets. | © Paysan Breton

Installé à Elven (56) depuis 2008, Jérôme Ralle produit huit espèces de légumes différents. « J’ai une SAU de 200 ha, dont 120 sont irrigués. Je produis des épinards, des petits pois, des carottes, des navets, du céleri, de la betterave rouge, des flageolets et des haricots rouges. Je cultive aussi un peu de blé, de maïs grain et de colza. » L’intégralité de sa production légumière est contractualisée avec Eureden, via sa filière Foodservice.

L’agriculteur possède également quatre bâtiments consacrés à l’élevage de volailles : dindes, canards et poulets lourds. Ces différents ateliers lui permettent d’être quasiment autonome en engrais. « Rien ne sort de l’exploitation », précise-t-il. « J’utilise un peu d’apports minéraux pour l’effet ‘coup de fouet’ qu’il peut apporter sur les cultures. »

Piloter l’irrigation

Jérôme Ralle dispose de 75 000 m3, répartis entre trois réserves collinaires, pour irriguer son parcellaire. La plus récente, d’un volume de 26 000 m3 a été creusée en 2021. Trois enrouleurs équipés d’un système de régulation électronique complètent le dispositif. Afin de piloter encore plus finement la consommation d’eau, l’éleveur est équipé de deux sondes capacitives qu’il utilise sur les cultures à plus forte valeur ajoutée. Ces outils d’aide à la décision mesurent l’humidité volumique du sol à différentes profondeurs et permettent d’ajuster les apports au jour le jour.

Autant de travail qu’un troupeau de 100 vaches

« En été, mes trois enrouleurs me donnent autant de travail qu’un troupeau de 100 vaches », souligne le Morbihannais. « Cette année, c’était bien sûr beaucoup plus. J’ai eu au moins deux fois plus de travail que les autres années, davantage de casse sur le matériel et une consommation électrique plus élevée. C’était à se dégoûter de l’irrigation. »

Si les 75 000 m³ permettent habituellement de couvrir les besoins en eau des légumes, ils n’ont pas suffi cette année. Deux réserves sont à sec et la troisième est quasiment vide.

Tous les légumes sinistrés

L’exploitation de Jérôme Ralle n’a pas échappé aux effets de la sécheresse et de la canicule. Cette année, malgré l’irrigation, l’agriculteur prévoit une baisse de rendement de 30 %. « Les fleurs des haricots rouges ont brûlé sur place », ajoute-t-il. « Normalement, l’irrigation sert d’appoint. Cette année, c’était une question de survie. »

D’après Julien Prat, responsable adjoint légumes chez Eureden, la filière a été très fragilisée et le risque de désengagement des surfaces est réel. « Par rapport à 2022, par exemple, tous les légumes sont sinistrés cette année. Chez certains producteurs, la marge brute sera négative. » Pour les pois, la filiale de la coopérative est parvenue à couvrir les charges des agriculteurs dont le bilan était négatif, notamment grâce à un matelas de sécurité et une caisse de péréquation. Pour les haricots et les flageolets, elle prévoit d’examiner la situation en novembre.

La sécheresse persistante menace par ailleurs la campagne des légumes racines. « Il nous faudrait un mois de pluie pour remettre les pendules à l’heure », affirme Julien Prat.

Alexis Jamet

Des démarches environnementales

L’intégralité des 1 100 producteurs de l’OP légumes partagent un socle commun de certification environnementale (Agri Confiance et Agri-Éthique), rendant tous leurs produits compatibles avec la loi Égalim. Soixante d’entre eux, dont Jérôme, sont engagés dans la démarche HVE, avec obligation de résultats. « Ces producteurs s’engagent sur quatre piliers : biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion de la fertilisation et gestion de l’eau », raconte Nicolas Gérald, directeur d’Eureden Foodservices. « En contrepartie, ils ont des accès prioritaires pour des subventions et obtiennent une prime filière d’environ 100 €/ha en fonction des ventes finales de conserves. » Sur sa ferme, Jérôme Ralle sème des bandes mellifères et travaille avec des apiculteurs voisins. Il a également replanté des haies sur son parcellaire. « J’implante aussi des couverts courts, par exemple entre un petit pois et une céréale », déclare-t-il.


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