Le poulet garde le cap

Le marché du poulet est devenu géopolitique. Les crises ukrainienne et iranienne rebattent des cartes mais la dynamique ne s’essouffle pas, tirée par une consommation mondiale en hausse.

L'intérieur d'un bâtiment d'élevage de volaille avec des poulets de chair - Illustration Le poulet garde le cap
La tendance mondiale de consommation ne se traduit pas au niveau de la production française.

Sur 13 millions de tonnes de viande de volailles échangées dans le monde, 2,2 Mt, soit 17 % sont absorbées par les pays du Moyen-Orient. « 300 containers de poulets brésiliens transitaient chaque jour par le détroit d’Ormuz », indiquait Mohamed Bouzidi, de l’Itavi, au Space. Les exportations du principal acteur mondial se sont affaiblies au printemps dernier, avant de se redresser grâce au contournement des circuits historiques. Depuis quelques semaines, les Houthis resserrent leur emprise sur Bab el Manded (mer Rouge), la route de repli, ce qui perturbe de nouveau les flux. Le Brésil s’était déjà réorienté sur un marché européen rémunérateur. Pendant les 8 mois de 2026, le pays avait exporté 13 % de volume de plus que les années précédentes (sur 12 mois) vers l’Union européenne, grâce aux accords du Mercosur. Une dynamique brisée le 3 septembre dernier, avec la sortie du Brésil de la liste des pays autorisés à exporter vers l’UE en raison de garanties insuffisantes sur l’utilisation d’antimicrobiens aux volailles. L’Asie redevient actuellement la première destination des exportateurs brésiliens. L’audit européen réalisé ces derniers jours a jugé satisfaisants les contrôles sanitaires brésiliens pour la filière avicole. La reprise des flux semble probable à moyen terme.

La Chine se positionne sur le marché mondial

Le vide en Europe est comblé par l’Ukraine grâce à son autosuffisance de 140 % en volailles et à sa compétitivité (l’Ukraine, comme le Brésil, a accès à des matières premières abondantes, bénéficie d’un système intégré et de peu de normes de production). La Chine se positionne à l’export : d’importateur net, elle vise désormais la place de 3e exportateur mondial dès la fin de cette année, derrière le Brésil et les États-Unis et devant l’UE et la Thaïlande. « La production chinoise augmente (+9 % au premier trimestre 2026) et la peste porcine africaine est résorbée (disponibilité de viandes accrue). En conséquence, les importations de volailles reculent et la capacité d’exportation double », précise le spécialiste.Positionnée sur des viandes élaborées, bien valorisées, la Thaïlande se recentre également sur l’Europe. Les deux tiers de la production thaïlandaise sont exportés (contre 33 % pour le Brésil). « Les flux en provenance de ce pays passent par Bab el Mandeb (mer Rouge) ce qui constitue un point de vulnérabilité ».

Une consommation dynamique

Malgré les conflits, la flambée des coûts du fret, d’assurances, l’inflation et les menaces sanitaires (grippe aviaire, maladie de Newcastle), la volaille confirme son statut de protéine d’ajustement à l’échelle mondiale, grâce à son coût de production relativement faible.

La croissance de la production sera de 3 à 4 % en 2026

La croissance de la production sera de 3 à 4 % en 2026. La consommation est dynamique, notamment en Europe, souvent au détriment du bœuf. Cette tendance mondiale ne se traduit pas au niveau français où la production stagne, l’écart étant comblé par des importations en hausse.

Bernard Laurent

2027, suspendue à la géopolitique

Pour l’an prochain, une baisse de tension en mer Noire et en mer Rouge et une réinscription du Brésil dans la liste des pays autorisés à exporter vers l’UE, provoqueraient une pression accrue sur l’amont français, selon l’ingénieur de l’Itavi. À l’inverse, une crise durable (Ormuz fermé, Brésil suspendu…) pourrait être une opportunité pour la production française afin de reconquérir son marché intérieur.


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