Des palets, un billot et une galoche

Ils sont une soixantaine de licenciés à jouer à la galoche sur billot : ce passe-temps traditionnel demande de la précision et de l’expérience.

Un jeu de galoche - Illustration Des palets, un billot et une galoche
Chacun dispose de 6 palets pour faire tomber la galoche, ici positionnée au milieu du billot, comme de tradition à Scrignac (29). | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Plougonven (29)

Le jeudi soir, on s’entraîne, et hors de question d’être en retard. Le curieux qui passe à côté de la petite salle dédiée à Plougonven (29) se demande ce qui se passe. On entend de dehors des coups, des bruits réguliers, sourds. À cela se mêlent des voix, des encouragements, quelques mots lâchés sous le coup de l’émotion car la cible est ratée. Mais que se passe-t-il dans la douceur de cette fin de journée d’été ? On joue simplement à la galoche sur billot. Ici, hommes et femmes se côtoient, toutes les générations se sont donné rendez-vous : il faut se préparer pour le prochain concours, tout doit être prêt.

Une tradition entre Trégor et Haute Cornouaille

La galoche se décline sous de très nombreuses formes. Dans cette partie du Petit Trégor, ce jeu se pratique sur billot. Et le principe est simple : il suffit de lancer un palet en direction de la galoche, petit morceau de bois posé sur un billot, pour le faire tomber. Simple en théorie. En pratique on peut s’exaspérer d’être trop court ou trop long, trop à droite ou trop à gauche…

Patrick Fer est un de ces mordus de la galoche. Il a connu cette tradition « avec mon grand-père qui jouait le dimanche sous le hangar. J’ai commencé à partir du moment où j’ai pu lancer le palet, vers 14 ans ». Il faut dire que ce disque forgé pèse son poids, autour des 900 grammes. Épais d’un centimètre et de 11 cm de diamètre, une certaine force alliée à de la dextérité est nécessaire pour atteindre le but, distant de 8,5 m. Pour rester dans le sujet des dimensions, le parallélépipède-rectangle à dégommer siège fièrement du haut de ses 4 cm de large pour 6 cm de hauteur, sur un billot bien souvent de chêne de 50 cm de haut pour autant de circonférence. Mais ces dimensions sont données à titre indicatif, quelques millimètres de plus ou de moins sont tolérés. La tolérance justement, un qualificatif qui va bien à la galoche sur billot. « Ceux qui veulent avancer d’un pas pour lancer peuvent le faire ».

Des personnes dans une salle
Des membres de l’association Galoche Saint-Jean-du-Doigt, lors de l’entrainement.

L’équipe composée au chapeau

L’aire géographique où se joue traditionnellement la galoche sur billot est assez restreinte. Elle couvre surtout la région de Morlaix et descend jusqu’en Haute Cornouaille en saluant Berrien et Scrignac. Toujours pratiqué de nos jours dans certaines kermesses d’école ou lors de pardons, ce jeu se montre lors de démonstrations mais surtout pendant des concours. Pendant ces rencontres individuelles ou par équipes qui se chiffrent à une dizaine de dates par an, aucune triplette n’est formée à l’avance pour ce qui est des joutes par équipe. Et c’est ce qui fait le sel de cette distraction : impossible de vivre le moment douloureux qui, parfois pratiqué dans certaines cours d’école, voit la sélection en premier lieu des meilleurs, laissant les plus mauvais au rang des derniers choix… À la galoche, tout se fait au chapeau. Le premier chapeau contient les noms des meilleurs joueurs, totalisant le plus de points sur l’année. Le second couvre-chef contient les participants dits moyens ; le dernier les plus faibles ou les débutants. L’équipe est ensuite formée en tirant successivement dans ces trois chapeaux. Après 6 parties composées chacune de 5 lancers de 6 pièces, le total des points de chacun et de chaque équipe est soigneusement couché sur de petits carnets. À l’issue d’une partie, les vaincus se consoleront par « le coup à boire payé par les gagnants ». Grands seigneurs, ces vainqueurs ! Dernière étape qui clôt la saison, la remise du trophée de champion de Bretagne à celui ou celle qui a totalisé le maximum de points sur l’ensemble des concours. Ce trophée est remis en jeu tous les ans.

Scrignac joue au milieu

S’il fallait enfin trouver une dernière particularité à la galoche sur billot, citons le positionnement de la galoche en elle-même : posée sur le bord du billot dans le Trégor, elle migre plus vers l’intérieur à Scrignac (29). Nul ne sait pourquoi… Quand elle est au milieu, « on a plus de chances de la toucher. Les scores sont supérieurs de 10 à 15 % ». Patrick Fer est sans doute un des meilleurs joueurs de galoche sur billot. Dans un concours avec galoche au milieu, il a dépassé les 100 fois à faire mouche sur 180 lancers. Sur la saison, sa moyenne s’établit à 2,5 touches pour 6 lancers. Et on aime taquiner pendant le jeu. « Un adhérent a lancé 14 fois sans toucher. C’est un record à battre », explique en souriant le Finistérien. Ce qu’il aime dans ce jeu traditionnel ? « Le fait que personne ne discute le résultat, c’est moins aléatoire que d’autres jeux », résume-t-il. Ouvert à tous et ouvert d’esprit, ce jeu est attesté en Bretagne depuis le début du XIXe siècle au moins, mais les archives de l’église de Quimper font allusion au jeu de galoche en 1388. Plus de 6 siècles plus tard, on joue toujours avec la même ferveur.

Fanch Paranthoën

Pour voir la galoche sur billot

« Il n’y a pas de technique écrite pour le lancer, tout se fait au feeling. Certains aiment prendre leur temps, d’autres sont rapides. Le fait de lancer le palet à plat donne plus de chance de toucher la galoche », conseille Patrick Fer. Il sera avec ses amis lors du prochain concours, qui se tiendra le dimanche 30 août, par équipes, à Plougonven (29). Il est joignable au 06 27 51 10 20.


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