« L’idée de la soirée est de présenter une activité dont on parle peu au grand public », indiquait Michel Bessonneau, président du Conseil de développement du Pays de Ploërmel, en préambule du débat. Pas de grands scénarios présentés mais, en premier lieu, un constat dressé par Arnaud Haye, de la Chambre d’agriculture : « Les 1 300 fermes du territoire de Ploërmel génèrent 400 millions de chiffre d’affaires. Plus des deux tiers ont une production animale (50 % en France). Il y a un peu plus d’élevages de granivores qu’ailleurs en Bretagne ».
Qui achètera nos ‘bons’ produits ?
Ces fermes génèrent, en moyenne, six emplois directs et indirects (11 en porc, 6,5 en aviculture, 3,3 en lait, 0,6 en grandes cultures). Comme partout en Bretagne, l’effectif bovin est en baisse. « Le nombre de vaches laitières (33 400 têtes en 2025) a diminué de 20 % en dix ans sur ce territoire », compensé, en partie, par une augmentation de la production par animal.
Moins de prairies
Après avoir rappelé l’importance de l’élevage pour un système alimentaire durable (recyclage d’une importante biomasse non comestible par l’homme, production d’engrais organiques, rotations de cultures facilitées), Christian Veillaux, de la Chambre d’agriculture, a soulevé un certain nombre de défis, parmi lesquels celui de « maintenir des exploitations compétitives et simples à conduire (baisse de la main-d’œuvre disponible) en misant sur la production de fourrages et en maintenant, voire en développant le pâturage pour la production laitière ». La surface de prairies diminue pourtant, proportionnellement à la baisse de l’effectif bovin et sous l’effet de la robotisation de la traite. Cette tendance a crispé certains participants au débat. « Elle est incompatible avec la nécessaire montée en gamme de la production », assure Dominique Dubreuil, de la Confédération paysanne. « Les experts nous disent que nous devrons baisser notre consommation de produits carnés pour limiter le changement climatique et consommer des viandes de meilleure qualité, issues d’animaux élevés en système herbager. Localement, il faut que les collectivités jouent le jeu. La loi Égalim impose 20 % de produits bio dans les cantines ; la moyenne nationale est à 7 %. Nous devons mener la transition agricole et alimentaire de front. L’enjeu, c’est le climat, la qualité de l’eau ».
Le Sage crispe
Cette allusion à la qualité de l’eau a provoqué quelques passes d’armes concernant le Sage Vilaine. Critiqué par rapport à la position de la FDSEA par des participants, Franck Péllerin, élu à la Chambre et président du syndicat, a déploré le manque de concertation, lors de la procédure : « 70 personnes ont travaillé pendant quelques années sans explications directes aux agriculteurs » et a rappelé que la qualité de l’eau s’améliore en Bretagne. « Cela n’avance peut-être pas assez vite pour vous, mais cela avance ». Une prochaine soirée sera consacrée à la place de l’agriculture biologique sur le territoire.
Bernard Laurent
Le prix des reprises rebute les jeunes
Comme partout, beaucoup de fermes ne sont pas reprises et partent à l’agrandissement. Le manque de cohérence des structures est cité comme un élément défavorable au renouvellement des générations, à l’attractivité du métier d’éleveur : « Il faut favoriser des structures cohérentes, en regroupant le foncier, via des échanges de parcelles », indique Christian Veillaux. Le prix élevé des reprises est évoqué : 500 000 € hors foncier pour un atelier lait, plus d’un million d’euros pour un élevage de 200 truies. « C’est l’une des raisons pour lesquelles les jeunes ne veulent pas s’installer », indique un professeur de lycée agricole. « Ce n’est pas la seule ; ils parlent de la charge de travail, trop élevée, et ils s’interrogent sur la montée en gamme », citée précédemment. « Qui achètera nos ‘bons’ produits ? », renvoyant le débat à la responsabilité des consommateurs qui rechignent souvent à payer le juste prix.

