À entendre les appels insistants à des aides publiques pour compenser la hausse du carburant, à peine un mois après le début de l’envolée des prix, une question surgit : que reste-t-il de notre capacité à encaisser les chocs ? Hier encore, les crises énergétiques se comptaient en décennies. 1973, 1979, puis 2008. Désormais, elles se rapprochent, se superposent presque : 2022 avec la guerre en Ukraine, 2026 avec les tensions sur le détroit d’Ormuz. Et demain ?
Le réflexe est connu : compenser, soutenir, amortir. Comme si chaque secousse devait être neutralisée à coups de dispositifs d’urgence. Mais à force de panser les effets, on évite de traiter la cause. Car cette crise n’a rien de conjoncturel. Elle est le signe précurseur d’un basculement. L’énergie fossile bon marché appartient au passé. Reste à inventer la robustesse.
Cette dépendance n’a rien d’une fatalité agronomique
« Pas de blé sans engrais, pas d’engrais sans gaz ». L’équation est implacable. Produire de l’azote, c’est dépendre du gaz, jusqu’à 80 % du coût. Quand l’énergie flambe, toute la chaîne suit. Et avec elle, le revenu agricole, suspendu à des équilibres géopolitiques qui le dépassent.
Cette dépendance n’a rien d’une fatalité agronomique. Elle est le produit d’un modèle : celui d’une agriculture spécialisée. En substituant les engrais de synthèse aux fertilisants organiques, de vastes territoires ont troqué une autonomie locale contre une vulnérabilité globale. Une partie de la Bretagne, grâce à l’élevage, conserve à cet égard une longueur d’avance.
Dès lors, faut-il continuer à colmater un modèle à bout de souffle ou engager sa transformation ? Conforter l’élevage, voire le réintroduire, diversifier les systèmes de production, rechercher la sobriété : autant de leviers pour desserrer l’étau énergétique. Non par nostalgie, mais par lucidité.
Au fond, il ne s’agit plus d’amortir les chocs, mais de devenir capable de les encaisser.

