Lors de son audition devant la commission d’enquête du Sénat sur les marges alimentaires, le président d’Eureden a insisté sur la fragilité du maillon industriel. « La construction du prix alimentaire s’inscrit dans le temps long », a cadré Dany Rochefort. « Dans la filière légumes, par exemple, les cultures sont semées une fois par an, récoltées puis transformées en quelques heures, avant d’être stockées parfois pendant douze mois ». Un modèle qui suppose de porter des stocks, des risques et des coûts financiers importants. Dans ce contexte, le président d’Eureden invite à déplacer le regard : « On parle beaucoup du prix des produits, mais parlons du coût de leur fabrication ». Énergie, acier pour les boîtes de conserve, transport, main-d’œuvre… tous les postes ont fortement augmenté ces dernières années. Pourtant, selon lui, les hausses tarifaires obtenues depuis 2022 n’ont fait que « compenser partiellement cette inflation ». Au cœur du problème se trouve un rapport de force très déséquilibré. Face à plusieurs centaines de milliers d’exploitations agricoles et à des milliers d’entreprises agroalimentaires, quelques grandes enseignes concentrent l’essentiel des achats. « Dans cet environnement, l’industrie se retrouve souvent coincée entre le maillon agricole et la distribution ». Pour Dany Rochefort, la situation devient critique : les industriels peinent aujourd’hui à sécuriser dans leurs prix de vente la couverture de leurs coûts – emballages, énergie ou salaires. « C’est une situation intenable à terme », alerte-t-il. Défendre l’industrie agroalimentaire française, insiste-t-il, revient à défendre à la fois le revenu des agriculteurs et la souveraineté alimentaire du pays. « Sans outil industriel solide pour transformer les productions, la valeur pourrait rapidement se déplacer hors de France ». Didier Le Du…
Industrie agroalimentaire : Le maillon sous tension

