« Quand je me suis installé, on me disait : ‘Un atelier principal en vaches allaitantes ? Cela ne tiendra pas…’. Maintenant ma carrière est faite et mes deux fils seront bientôt avec moi sur la ferme », se permet de souligner Thierry Duval. Au moment où le Conseil régional de Bretagne vient d’accorder un coup de pouce appréciable à l’installation en bovin allaitant (cf. encadré), un focus sur ce système performant du Morbihan prend tout son sens.
« L’élevage, c’est notre vie, c’est dans les gènes ! »
Retour en 1987 : Thierry s’installe sur la ferme familiale et accompagne la transition initiée par son père d’un élevage laitier vers le bovin viande. Petit à petit, le jeune homme réduit l’engraissement des broutards jusqu’à l’abandonner en 1995. Janvier 2023, son fils Gwen, aussi passionné que lui, devient son associé. Une arrivée symbolisant leur désir partagé de voir se pérenniser ce bel élevage de Limousines où naissent 120 veaux à l’année.
Naisseurs-engraisseurs
Aujourd’hui, trois leviers permettent à Thierry et Gwen de s’assurer une bonne visibilité dans la conduite de l’outil fermier. Le premier concerne les revenus. Les deux éleveurs apprécient d’être sous contrat avec leur principal acheteur : « Cela nous sécurise parce que les prix, même s’ils varient, sont indexés sur des indicateurs liés au marché et aux coûts de production ». Des coûts qu’ils suivent de près : « En étant naisseurs-engraisseurs, on dépend moins de la conjoncture et de la fluctuation du prix des veaux ». Un second levier qui consolide la marge réalisée sur les jeunes bovins comme sur les vaches de réforme. Ce choix n’empêche pas, pour autant, Gwen et Thierry de soutenir le dispositif lancé en 2019 par Interbev Bretagne en engraissant quelques Ejendus (bœufs noirs en breton). Objectif : valoriser des veaux en provenance d’élevages laitiers croisés avec des races à viande (taureaux limousin ou angus).

Continuité assurée
Enfin, troisième levier : l’autonomie fourragère. Au-delà d’une capacité à produire suffisamment pour nourrir leurs bêtes, les éleveurs insistent sur la résilience du système en cas de sécheresse : « Avec 740 mm de précipitations, on est dans un des coins les plus secs de Bretagne… Il faut pouvoir tenir trois mois sans pousse. Avec nos dérobées en RGI, on optimise les réserves d’herbe. Notre FAF permet d’adapter en souplesse les rations mixant maïs, céréales et herbe. Enfin, on dispose d’un stock ‘sécurité’ de 100 t de céréales. Au départ, le constituer impacte la trésorerie et c’est un réel inconvénient. Une fois réalisé, l’enjeu consiste à l’entretenir pour pouvoir faire face à une longue période déficitaire en pluie ».
Dans les prochaines années, Bran, le frère cadet de Gwen devrait les rejoindre sur le Gaec… « Je suis content que la continuité de la ferme soit assurée », se félicite Thierry dont la satisfaction, on s’en doute, va bien au-delà du plaisir à travailler avec ses fils : « L’élevage, c’est notre vie, c’est dans les gènes ! »
Contact : Gaec Ejenruz – thierry.duval10@orange.fr
Repères : UTH 2,5 (2 associés + 1 apprenti) ; • Atelier bovin viande : 95 vaches limousines ; 120 vêlages à l’année ; 60 JB Ejendu à l’engraissement ; Vente à l’année : 45 vaches – 45 JB + 30 Ejendu ; Chargement 1,8 UGB ha ; Reproduction aturelle à 85 % ; Abattage entre 18 et 19 mois. • Autonomie fourragère : Herbe : 60 ha ; Maïs : 50 ha ; Céréales : 60 ha ; Dérobées RGI trèfle sur 25 ha ; Achats : paille et tourteau de colza non OGM. • Atelier volaille : 1200 m² (20 % du CA).
Coup de pouce à l’installation
Conscient de l’urgence à soutenir une filière perdant 2 à 3 % d’animaux chaque année, le Conseil régional a décidé courant 2025 d’attribuer une aide spécifique de 8 000 € à l’installation en bovin allaitant. Thierry Duval, vice-président d’Interbev Bretagne, a pris part aux réflexions qui ont mené à cette décision : « Il convenait d’envoyer un signal fort aux banques comme aux industriels, note-t-il. Les problèmes sont connus : des élevages à faibles revenus qui trouvent difficilement repreneur d’autant que les banques rechignent à soutenir les projets d’installation… ». Gwen, dont le propre parcours a servi de référence pour élaborer ce plan d’aides, est bien placé pour le savoir : « Mon dossier a été refusé deux fois… ». « Au final, c’est l’humain et la perception de notre outil de travail qui ont fait la différence, conclut Thierry. Le jour où le conseiller agricole de la banque est venu sur place et qu’il a vu la ferme, il nous a dit : ‘Ce dossier, je vais l’accompagner’ ».

