La Pac demeure la politique la plus intégrée et la plus emblématique de l’Union européenne. Pendant des décennies, elle a incarné la solidarité budgétaire et la souveraineté alimentaire du continent. Pour 2028-2034, le décor change.
Officiellement, il s’agit de simplifier. Les agriculteurs le réclamaient, Bruxelles s’y engage. Mais derrière l’allègement administratif se dessine un mouvement plus profond : un désengagement budgétaire. Car la pression monte contre une politique agricole commune qui absorbe encore près d’un tiers du budget européen.
L’enveloppe passerait de 380 à 293 milliards d’euros. La Commission promet de compenser en partie cette baisse par 45 milliards issus de plans de partenariat nationaux appelés à remplacer le second pilier.
Un mouvement plus profond se dessine : un désengagement budgétaire
La renationalisation, amorcée avec les Plans stratégiques nationaux, offre en fait un levier commode : au nom de la subsidiarité – un drôle d’habillage sémantique ! – les États seraient invités à compléter. Autrement dit : à chacun de se débrouiller.
Mais comment un pays comme la France, déjà lourdement endetté, pourra-t-il compenser les carences de Bruxelles ? Et surtout, que restera-t-il de l’égalité de traitement entre agriculteurs européens si le soutien dépend davantage des marges budgétaires nationales ?
Au-delà de la Pac, c’est la hiérarchie des priorités européennes qui évolue. Dans les années 1950, nourrir les Européens relevait de l’urgence politique. Aujourd’hui, l’Union doit financer sa réindustrialisation, ses technologies stratégiques, assumer sa défense, et affirmer sa place face aux États-Unis, à la Chine ou à la Russie. En résumé, l’Europe doit investir massivement pour se protéger et ne pas décrocher. Dans ce nouveau paysage, l’agriculture est reléguée et devient une valeur d’ajustement.

