Depuis cinq ans, la filière laitière française ne parvient plus à s’accorder sur le calcul de l’indicateur beurre-poudre, outil central pour déterminer le prix du lait payé aux éleveurs. Ce blocage est devenu un symbole de la crise de gouvernance au sein de l’interprofession laitière, le Cniel, tout en compliquant les négociations commerciales entre producteurs et transformateurs. En l’absence d’indicateur partagé, les discussions se font au cas par cas, dans un rapport de force souvent défavorable aux éleveurs. Créé en 2010 à la sortie des quotas laitiers, l’indicateur repose sur l’agrégation des cours du beurre et de la poudre de lait écrémé, ramenés à 1 000 litres de lait, puis corrigés des coûts de collecte et de transformation. Pendant une décennie, un consensus existait sur ces coûts. Mais les crises du Covid-19 et de la guerre en Ukraine ont bouleversé la donne. Face à la flambée de l’énergie et des salaires, les industriels ont demandé une révision du calcul. Un blocage compliquant les négociations commerciales Les éleveurs contestent ces chiffres, estimant qu’ils traduisent un manque de compétitivité de l’industrie laitière française, notamment par rapport à l’Allemagne, où le prix du lait reste plus élevé. Ils refusent que le lait devienne la variable d’ajustement de marges industrielles jugées insuffisantes. Les transformateurs rétorquent que leurs faibles résultats s’expliquent par des coûts structurels élevés et s’appuient sur une étude de la Banque de France montrant une rentabilité inférieure à celle des autres industries agroalimentaires. Le désaccord porte aussi sur les recettes prises en compte : les producteurs critiquent l’utilisation exclusive du beurre industriel en cube de 25 kg, peu représentatif du marché français dominé par le beurre plaquette, ce qui entraînerait un manque à gagner significatif. Les industriels refusent d’élargir le périmètre, invoquant des logiques de marché différentes et le cadre de la…
Indicateur beurre-poudre : une absence qui pèse
Privée d’indicateur beurre-poudre depuis cinq ans, la filière laitière s’enlise. Un vide technique qui fragilise les éleveurs et tend les négociations.

