Réveil manqué

edito nouveau.png - Illustration Réveil manqué
©

Le 8 décembre, la ministre de l’Agriculture lançait son « réveil agricole » à Rungis… devant un parterre clairsemé. Intriguantes absences. Même la FNSEA, d’ordinaire prompte à répondre présent avait choisi la chaise vide.

Cette désertion est d’autant plus curieuse que le discours de Rungis sonnait juste. Se plaçant sur le registre du long terme, Annie Genevard avait mis les mots sur une réalité impossible à esquiver : « La guerre agricole menace chaque jour un peu plus » et « si elle éclate, c’est sur nos agriculteurs, et sur eux seuls, qu’il faudra compter pour nous nourrir ». Une lucidité implacable, que tout le monde agricole et politique aurait dû saluer. Car les crises géopolitiques le rappellent : l’alimentation est devenue une arme stratégique, et la France n’a plus le luxe de la naïveté. Ce 8 décembre, nous étions bien loin de l’épiphénomène du Mercorsur qui n’est qu’une mouche du coche dans un mal bien plus profond de l’agriculture française.

C’est sur nos agriculteurs, et sur eux seuls, qu’il faudra compter

Le consommateur, lui aussi, était absent de Rungis. Pour lui la souveraineté reste un slogan commode tant que les rayons sont pleins. On peut bien lui parler « patriotisme alimentaire ». Il a déjà tranché. Il veut le prix le plus bas, point. Il soutient volontiers l’agriculteur sur un rond-point, mais n’hésite pas devant une étiquette à prix cassé en grande surface. Le jour où la guerre se rapprochera, il reviendra très certainement vers l’agriculture française – non par conviction, mais par nécessité.

Le vrai malaise du monde agricole est dans l’usure. Depuis les années 60, plans de relance et grands discours s’empilent. Les agriculteurs n’y croient plus vraiment. Ils ont trop souvent été déçus, découragés, fragilisés par des décennies d’injonctions contradictoires et de revenus trop rarement au rendez-vous. Ils connaissent par cœur le refrain : promesses aujourd’hui, déceptions demain.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Fermer l'écran superposé de recherche

Rechercher un article