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Consommation : Moins de viande, plus de semoule

En période de forte inflation, l’alimentation est une variable d’ajustement du budget des ménages. Pâtes, riz et semoule seront au menu des prochains mois, au détriment des produits carnés.

Les thèmes les plus préoccupants pour les Français sont, dans l’ordre, le pouvoir d’achat, la santé, l’environnement et l’immigration, selon une étude présentée par Pascale Hébel, économiste spécialiste de la consommation, à l’assemblée générale du Comité régional porcin, en juin dernier. « L’Insee prévoit une hausse des prix des produits alimentaires de 8 % sur l’année 2022, par rapport à 2021. Du jamais vu ! ». La hausse des prix de l’énergie devrait se calmer en fin d’année, mais le coût restera à un niveau élevé. Idem pour l’alimentation ; les aléas climatiques ont limité les rendements dans les grands bassins de production agricoles. 10 % des Français se plaignent déjà de ne pas avoir assez à manger ; 42 % disent ne pas pouvoir acheter ce qu’ils veulent. « Plus de la moitié de la population ne peut pas payer plus cher, surtout dans les foyers à 3 enfants ou plus. Beaucoup d’étudiants ne mangent qu’un repas par jour ».

1er prix et promotions

L’affluence dans les Restos du cœur ne trompe pas. « Les aides, sous forme de chèques alimentaires sont essentielles ». Les arbitrages se font au détriment de l’alimentation. Logement et transport, autres postes importants de dépenses, sont plus figés. La France est le pays de l’Union européenne où le poids du logement est le plus élevé dans le budget total des ménages.
À court terme (2022-2023), les achats alimentaires se porteront plus volontiers sur les pâtes, le riz, la semoule et les légumineuses. « Les menus seront moins variés ; la tendance à la baisse de consommation de viandes se renforcera. Les catégories socioprofessionnelles les moins aisées rechercheront les 1er prix et les promotions ». À moyen et long terme, certaines tendances se renforceront. Le « fait maison » se développe, « les gens emportent de plus en plus leurs gamelles sur le lieu de travail ». Les achats de saison, en lien avec l’origine locale des produits, augmentent pour des raisons économiques mais aussi environnementales, notamment pour les catégories socioprofessionnelles les plus aisées. Le commerce de proximité a repris des couleurs, à l’instar des boulangeries dont le chiffre d’affaires a progressé de 15 % en un an. « Grâce aussi au télétravail ; 15 % des actifs y ont recours au moins un jour par semaine ». Le e-commerce poursuit sa progression : 9 % en un an. « Ce sont surtout les anciens qui s’y mettent ». Le Drive a perdu des clients mais les livraisons à domicile ont le vent en poupe (+ 10 % entre 2021 et 2022). « La crise sanitaire (Covid) a permis un gain de trois ans de la digitalisation du commerce ». Le gaspillage alimentaire reste problématique ; l’objectif est de le réduire de moitié (2015-2025) en allongeant les dates limites de consommation (DLC) et en baissant les prix à l’approche de cette date.

Le local grignote le bio

La relation à la santé est modifiée. « Il y a une meilleure compréhension des risques réels et une recherche de produits immunisants, fortifiants, plus naturels (fruits et légumes) et moins transformés. Les produits ‘sans…’ ou ‘riches en…’ attirent, même dans la restauration. Les labels de l’État (indépendants), comme le Label rouge, rassurent des consommateurs en recherche d’un élément de confiance pour les guider ; leurs ventes progressent légèrement ». Le bio régresse, concurrencé par les produits à l’origine locale affichée et les produits estampillés sans antibiotiques, sans pesticides… La consommation de viandes a baissé de 16 % en dix ans ; la tendance se poursuivra ; plus rapidement chez les jeunes diplômés et les ménages les plus aisés, pour des raisons de santé, de condition animale et d’environnement. 

Le poids des dépenses alimentaires est de 21 % chez les agriculteurs

Globalement, l’impact de l’inflation (produits alimentaires) sur les consommateurs dépend, en premier lieu, de la taille de la famille, du revenu, puis de la génération. Certaines catégories de la population sont plus touchées que d’autres. Si le poids des dépenses alimentaires est de 14 % dans le budget des ménages en moyenne en France, il est de 21 % chez les agriculteurs (qui ont peu de dépenses de transport) et chez les ruraux, de 24 % chez les plus de 75 ans et de 20 % chez les 20 % les plus pauvres. Leur budget est logiquement plus impacté par la hausse des prix alimentaires. Pascale Hébel, Économiste spécialiste de la consommation

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