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Colza, l’année de tous les dangers ?

Le colza a, sur le papier et notamment en Europe, de quoi être une alternative intéressante au soja. Pourtant, force est de constater qu’au niveau mondial, ce n’est pas l’oléagineux qui tire son épingle du jeu sur cette dernière décennie.

Entre les saisons 2011/12 et 2019/20, la production mondiale de graines de soja a crû de 96 Mt (+40 %), celle de tournesol de 14 Mt (+34 %) quand celle de colza affiche le même score sur les deux années, soit 61 Mt.

Recul depuis deux ans

Si la récolte a atteint près de 70 Mt en 13/14, elle a chuté fortement sur les deux dernières saisons, et la prochaine ne semble pas plus convaincante. Même l’arachide (+15 %) et les coprah et palmiste (+33 %) font mieux sur les 9 dernières années. Bien sûr, la dynamique n’est pas identique chez les principaux producteurs. Ainsi, la progression est nette dans la CEI (doublement en 3 ans), qui dépasse désormais largement l’Australie empêtrée dans ses sécheresses récurrentes (volume divisé par deux en 4 ans). Mais chez les deux poids lourds (UE et Canada) au coude à coude en termes de volumes, le recul est acté depuis deux saisons.

La baisse a été respectivement de 5 Mt (-23 %) pour la première et de 2,4 Mt (-11 %) pour le second. À une météo peu clémente pour les deux protagonistes, s’est ajouté dans l’Union européenne (UE), l’interdiction des néonicotinoïdes (fin 2018) qui entraîne des rendements plus erratiques et un désintérêt de certains producteurs faute de rentabilité. L’impact économique de la crise de la Covid jette désormais une nouvelle ombre au tableau européen, très dépendant du secteur du biodiesel. Au Canada, c’est le conflit larvé avec la Chine (gros débouché pour les graines de canola) sur le dossier Huawei(1), qui pourrait aussi calmer les ardeurs sur les surfaces à venir.

Du non-OGM rare

L’UE est déficitaire en graines de colza, en regard de ses capacités de trituration. Elle doit donc importer chaque saison une partie de ses besoins, privilégiant en premier lieu les approvisionnements non-OGM (c’est-à-dire hors Canada). Mais force est de constater que ces origines non-OGM sont rares et disputées. Cela tombe mal, puisque pour limiter la casse chez les triturateurs face au recul de la production locale, il faut importer massivement des graines des pays tiers depuis deux saisons. Et le même scénario est bien parti pour se reproduire en 2020/21. La production de l’UE devrait aligner un nouveau recul (-0,3 Mt soit 16,7 Mt). L’Allemagne, malgré des semis en hausse de 12 %, n’alignera pas plus de 3,14 Mt, mieux que l’an passé (2,8 Mt) mais loin du record à 6 Mt. Le Royaume-Uni chute aussi. La Roumanie, qui avait vu sa production plus que doubler de 2009 à 2016 (1,7 Mt) recule fortement depuis 2 ans (0,5 Mt attendu en 2020).

Après un recul de 550 000 t de tourteaux de colza produits en 19/20 dans les pays membres, difficile de dire quelles seront les disponibilités en 20/21. Plus que la possibilité d’importer des graines aussi massivement que l’an passé, c’est l’incertitude planant à la fois sur la demande de biodiesel et de tourteaux, qui décidera sans doute de l’avenir du secteur. Certes, les ventes d’huile de colza vers la Chine se sont concrétisées sur cette fin de campagne, permettant de continuer à produire des tourteaux alors que le secteur du biodiesel s’asséchait. Mais face aux débats concernant les biocarburants conventionnels en ce moment dans l’UE (sortie progressive demandée par le Cese(2) en France), il est difficile d’y voir clair. Idem concernant le secteur des productions animales européen (tourmente Covid, progression de la PPA).

Demande atone en France

Zoomons enfin sur la France, dont la production souffre une fois de plus. Les dernières prévisions 2020 tablent sur 3,6 Mt. C’est un peu mieux que les 3,4 Mt de 2019, mais très loin des 5,5 Mt atteint en 2014/15. Et la météo des prochaines semaines peut encore rebattre négativement les cartes. Même en important massivement des graines pour faire tourner les usines, il y a fort à parier que les volumes de tourteaux produits vont baisser. Pourtant, le ratio de prix entre le tourteau de colza et celui de soja, qui avait grimpé de 67 % à 73 % sur la campagne 19/20, reste relativement sage pour l’instant (71 %). Il est fort possible que la demande, atone pour l’instant, soit la clé du marché de la prochaine saison. La Covid-19 va laisser des traces, et la récession économique qui nous attend devrait fortement secouer les filières animales françaises. À moins que l’on passe des paroles aux actes, et que les collectivités, la grande distribution et les consommateurs transforment l’essai en soutenant massivement leurs achats hexagonaux. À voir le retour des prix bas dans la communication des grandes enseignes, on peut en douter !

Impasses techniques
En France, au-delà des aléas météorologiques, il est devenu difficile de produire du colza dans certains secteurs. Face à un développement de résistances aux insecticides, les ravageurs deviennent incontrôlables alors que le choix de solutions de traitement se réduit comme peau de chagrin. Ces impasses techniques peuvent mettre en péril la culture, indispensable tant pour l’autonomie en protéines végétales que pour la souveraineté énergétique du pays. Sans compter sur les qualités agronomiques indiscutables de la plante dans les rotations. La situation est d’autant plus préoccupante que la demande pour des protéines locales en alimentation animale se précise.

(1) Extradition d’une dirigeante du géant chinois accusée par les États-Unis d’avoir contourné les sanctions américaines sur l’Iran.
(2) Le Conseil économique, social et environnemental

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