Cultures

Les plantes-banques épargnent les cultures

En combinant la présence de plantes-banques à une fertilisation azotée maitrisée, la lutte biologique contre les pucerons sur aubergine, melon ou courgette donne de bons résultats.

« Le bon moment pour l’arrivée des auxiliaires, c’est le plus tôt possible. Contre les pucerons, c’est au moins 1 mois avant l’arrivée des pucerons sur la plante cultivée », résume Sébastien Picault, du CTIFL. Pour faire coïncider une présence d’insectes amis suffisamment précoce avant les attaques de ravageur, le responsable a regardé le rôle de plantes-banques, végétaux qui attirent une première salve de pucerons destinée à attirer les auxiliaires. Parmi les plantes choisies dans ce rôle, l’ortie, la tanaisie ou l’achillée donnent de bons résultats en termes d’attirance. « Le sarrasin est à proscrire, car il peut attirer des espèces de puceron dangereuses pour la culture », prévient l’ingénieur. Pour les plantes ressources, qui produisent aussi de la nourriture aux auxiliaires (pollen et nectar), les corbeilles d’or (Aurinia saxatilis) et d’argent (Iberis sempervirens), la sauge officinale et l’achillée millefeuille sont de très bons réservoirs.

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Pucerons sur une feuille d’aubergine.

L’azote favorise les pucerons

Dans cette recherche d’équilibre ravageurs/ennemis naturels, le rôle de la fertilisation azotée de la culture tiendrait une place prépondérante. « Il semble qu’il y ait un lien entre la teneur en nitrates dans le feuillage des plantes et le succès ou l’échec de la stratégie de lutte biologique mise en œuvre », fait remarquer Sébastien Picault. Dans un essai sur courgette, melon et aubergine, le lien a été mis en exergue grâce à des cultures sous ou sur-fertilisées, afin de déterminer la relation entre régulation naturelle et niveau d’azote. En cas de présence plus importante de l’élément fertilisant, « les pucerons sont plus véloces, ils se portent bien, sont plus gros et courent plus vite. On dégrade alors la réponse fonctionnelle du prédateur face à sa proie ». Pourquoi l’azote a-t-il un effet sur les pucerons ? « Le ratio protéines/carbohydrates et par conséquent le ratio N/C de la sève du phloème constituent en effet l’un des facteurs essentiels dans l’attractivité d’une plante hôte vis-à-vis des insectes phytophages piqueurs-suceurs ».

Un abaque en construction

« Désormais, une sélection de plantes ressources et de plantes-banques pertinentes peut être proposée aux producteurs. Des conseils sur la façon de les agencer dans l’espace et dans le temps peuvent être prodigués », conclut l’étude de l’équipe de chercheurs. Le maintien d’une teneur en nitrates en deçà d’une teneur en nitrate critique (définie dans la méthode PILazo développée par le CTIFL pour piloter la fertilisation azotée des cultures d’aubergine), tout comme l’arrivée précoce des pucerons sur les plantes-banques semblent primordiales. Un abaque permettant d’estimer l’indice de réussite en fonction de l’indice de précocité (délai entre l’arrivée des pucerons sur les plants d’aubergine et l’arrivée des proies de substitution sur les plantes-banques) et de l’indice de nutrition azoté a été construit. Ce dernier doit être testé et validé par des études complémentaires.

Trois réponses fonctionnelles
Dans la chaîne alimentaire, les auxiliaires peuvent adopter 3 réponses fonctionnelles. Dans un type de réaction 1 et quand on propose 20 pucerons aux auxiliaires, « il en mangera 20. Le type 2 est logarithmique, quand on atteint un palier, l’insecte prédateur manifestera un comportement de satiété. Enfin et en type 3, la courbe de consommation de puceron forme un S : si 20 pucerons sont proposés, l’auxiliaire peut ne pas en manger. En revanche et si 200 pucerons sont présents, il va commencer à en consommer ».

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