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Réchauffement climatique : Va-t-on semer plus tôt les maïs ?

Si les semoirs tendent à sortir un peu plus tôt ces dernières années de par une météo favorable, cette tendance va-t-elle à terme modifier les pratiques de semis de maïs ?

Ces dernières années, de plus en plus de semoirs sortent à la mi-avril, du moins à l’est et au sud-est de la région, grignotant quelques jours face à une référence historique allant du 25 avril au 6 mai. Est-ce le signe d’une opportunité météorologique ? Ou est-ce une tendance de fond ? Certaines régions proches de chez nous, comme en Normandie, orientent déjà leurs conseils vers une précocité de 15 jours des semis, à condition que le sol soit réchauffé, b.a.-ba n° 1 à respecter. « L’objectif ? Limiter l’évapotranspiration au niveau du sol, au mois le plus chaud de l’année. Pour cela, la plante doit recouvrir le sol début juin », explique Olivier Raux, de l’organisme de conseils Elvup (Orne).

Privilégier avant tout une levée rapide

« Une précocification des semis peut permettre de couvrir le sol plus tôt avec des variétés présentant une bonne vigueur de départ, condition nécessaire pour faire face à des sols moins réchauffés, à plus de risques à la levée et à la pression des ravageurs », observe Didier Rebillard, responsable de région sud 35 chez Eureden. « L’important est en effet de regarder la température du sol », insiste Philippe Lannuzel, agronome à la Chambre régionale d’agriculture. « Lancer les semis en avril est possible, mais les risques existent avec des températures fraîches en matinée, voire des gelées, même si l’apparition de ces épisodes tend à diminuer ». Avant de préciser : « Cependant, des fenêtres de semis favorables apparaissent à la mi-avril ». Si on n’a pas forcément mesuré les bénéfices apportés par un semis plus précoce, une chose est sûre : on prend plus de risques.

« Semer à la mi-avril, c’est une petite tendance qui se fait en continu. Mais les producteurs restent prudents sur le mois d’avril. Et ils n’ont pas tort par rapport aux résultats des essais… En fourrage, des semis menés sur 4 années début avril ont montré que l’on ne gagnait rien », nuance Michel Moquet, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal. Quant au sujet de la sécheresse, « le risque est relatif et aléatoire. Si on obtient certainement un meilleur enracinement en semant plus tôt, on n’améliore pas forcément la tolérance au stress. L’avance en stade en nombre de jours de semis s’estompe à la floraison. » Plus les premiers stades seront longs à se mettre en place, plus la plante sera sensible aux dégâts de ravageurs et à la concurrence des adventices. Par exemple, les résultats d’essais montrent qu’un semis du 1er avril à Ploërmel mettra 22 jours à lever contre 14 jours pour un semis au 25 avril. Pour Michel Moquet, il faut donc plutôt raisonner sur la durée de levée, pour limiter les problèmes agronomiques et les agressions des ravageurs. Les semis qui démarrent vers le 20 avril limitent ces risques en maïs fourrage. « D’autant plus qu’en maïs fourrage, on tend à diminuer les gabarits avec des semis précoces ». En grain, à la recherche de rendement avec des indices plus élevés, il y a par contre une certaine prime à la précocité, par rapport au gain de biomasse.

Un peu d’avance en fourrage

Sur tout le territoire, les maïs étaient bien avancés début mai. Nouveauté cette année, peu de plasticulture est utilisée. « Dans le Morbihan si 40 % des surfaces étaient semées fin avril, surtout en maïs grain, au 6 mai on peut estimer à 80 % des chantiers réalisés d’après les données relevées pour Ceré’Obs », relance Philippe Lannuzel. Avec les bonnes conditions météorologiques, les chantiers s’enchaînent bien. L’avancement des dates s’explique en grande partie par une anticipation des semis pour le maïs fourrage. « Avec des récoltes d’herbe à un stade plus précoce, pour rechercher de la qualité plutôt que du volume, les parcelles sont libérées plus tôt, permettant un gain de 8 à 10 jours chez les laitiers », explique Didier Rebillard. Anne-Thérèse Bilcot, agronome à la Chambre d’agriculture de Bretagne, abonde : « Et si en 2021, nous avons connu 3 semaines de pluie au mois de mai, cette année, les semis de maïs fourrage sont aussi plus rapides suite à la récolte des méteils et à l’ensilage de l’herbe permise par le temps sec des dernières semaines ». Quant aux derniers semis, y compris en bio, ils vont se faire dans les dates prévues, et dans des conditions favorables. 

Attention aux pratiques de désherbage

Le manque d’eau va modifier les pratiques de désherbage. 10 à 15 mm de pluie étant nécessaires pour une bonne efficacité des herbicides racinaires positionnés en prélevée, ces interventions devront sûrement être décalées au stade 3-4 feuilles du maïs, voire l’usage d’un produit foliaire deviendra nécessaire si la pluie continue à manquer à ce stade. Un rattrapage avec du binage est à envisager ensuite autant que possible. Sinon, une première intervention en désherbage mécanique est aussi à étudier en premier désherbage. Anne-Thérèse Bilcot, Chambre d’agriculture de Bretagne

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