Politique et Syndicalisme

L’agriculture bretonne entre inquiétude et détermination

L’agriculture n’échappe pas à l’incertitude socioéconomique qui se propage sur la planète. La profession espère que les pouvoirs publics répondront présent pour soutenir ce secteur-clé régional.

« Notre métier d’agriculteur est très perturbé et le contexte est très perturbant ». Vendredi, à Loudéac, lors de la présentation des chiffres de l’agriculture bretonne, André Sergent a résumé le sentiment qui prévaut dans les campagnes, même si les filières sont touchées à des degrés divers par la « poussée inflationniste des engrais, carburants, aliments du bétail, matériaux de construction, etc. ». Et le président de la Chambre régionale d’agriculture d’expliquer que « notre région (agricole) n’est pas à terre » ; qu’elle entend continuer à participer « à l’enjeu de la souveraineté alimentaire. C’est pourquoi notre métier a un véritable avenir ». En contrepartie, la profession attend des gages pour passer cette période de turbulence notamment grâce au « Plan de relance » et son frère de 2e crise, le « Plan de résilience ».

Le lait dans la tourmente

Pas forcément en première ligne face à la flambée de prix des matières premières, la production laitière pourrait pourtant être durablement très impactée. 40 000 vaches ont déjà déserté les étables bretonnes en 2021. La défection des éleveurs pourrait être attisée par un prix élevé des céréales. Ce qui conduit Jean-Hervé Caugant, président de la Chambre du Finistère et du pôle herbivore régional, à évoquer « un avenir incertain et un enjeu majeur ». Et d’appuyer : « On peut être inquiet par rapport au maintien du cheptel bovin breton » et son corollaire qu’est « le maintien des prairies ». Condition pour dévier la trajectoire : « Que le revenu suive ».

Perçu comme une porte dérivée par de nombreux producteurs laitiers en mal de rémunération, le lait bio ne tient plus toutes ses promesses. « Nous étions habitués à une croissance à deux chiffres. Mais en 2021, le bio a reculé de 2,4 % en GMS et de 7 % en magasin spécialisé », cite Loïc Guines, président de la Chambre d’Ille-et-Vilaine, qui préfère toutefois se référer à 2019, « dernière année normale. Et nous voyons alors que la consommation bio de 2021 est supérieure à celle de 2019 ». Il n’en déduit pas moins qu’il y a « un vrai problème de pouvoir d’achat alimentaire qu’il faudra redynamiser ». Les élus bretons évoquent aussi « le risque de pénurie alimentaire s’il vient à manquer d’engrais ».

Contrairement à d’autres régions, la Bretagne a la chance de pouvoir compter sur son élevage pour fertiliser ses terres. Contrecoup, l’inflation sur l’engrais minéral entraîne dans son sillage le prix des produits organiques. « Il y eut un temps où il fallait payer pour dégager des excédents. Puis de 7 €/t, les fientes de volaille se négocient aujourd’hui 51 €/t », cite Didier Lucas, président de la Chambre des Côtes d’Armor. Et d’expliquer que les services de l’organisme consulaire calculent actuellement les volumes des éléments fertilisants bretons traités et exportés. « À titre d’exemple, l’azote traité dans les stations de la région de Lamballe permettrait de fertiliser 13 000 ha », chiffre-t-il. 

Du prix
« Nous avons une certaine satisfaction car Égalim 2 a permis d’augmenter les prix de 3 %. Même si ce n’est pas suffisant », accorde Laurent Kerlir, président de la Chambre d’agriculture du Morbihan. Et de miser « sur la réouverture des négociations depuis mi-mars ». Il observe que « la pression en restauration collective est plus forte qu’en GMS ». Cette pression sur les prix s’est traduite par « une hausse des importations de 16,8 % en 2021 ».

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