Economie, marchés et gestion

Un équipage paré pour le large

Interview

Le Crédit Mutuel de Bretagne lance une filière mer dédiée à l’ensemble des professionnels du secteur : pêche, aquaculture, nautisme… Cette nouvelle organisation s’articule autour de référents, spécialistes de terrain évoluant au quotidien au contact des acteurs du monde maritime. Le point avec Stéphane Vrignaud, responsable du marché de la mer.
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« Notre volonté est d’accompagner les transitions de la filière mer dans son ensemble », Stéphane Vrignaud, responsable du marché de la mer au Crédit Mutuel de Bretagne.

Le Crédit Mutuel de Bretagne est présent depuis de nombreuses années aux côtés des professionnels de la mer. Pourquoi créer cette nouvelle filière ?

Effectivement, nous sommes déjà bien implantés dans certaines zones du littoral breton. Je pense notamment à la pêche dans le pays bigouden, la course au large à Lorient, la mytiliculture en baie du Mont-Saint-Michel ou encore la conchyliculture sur le pays d’Auray. Mais nous n’avions pas, jusqu’à présent, de couverture homogène sur la Bretagne. Et nous avons constaté que, au-delà de nos places fortes où nous disposons de collaborateurs très spécialisés, les compétences liées à la mer ne se sont pas généralisées au fil des années. C’est d’ailleurs tout à fait compréhensible. Il est difficile de demander à un collègue qui finance la construction d’un bateau une fois de temps à autre d’aller à la conquête de nouveaux armements. Il y a des spécificités et une technicité qui ne s’acquièrent que par la pratique. Parallèlement, en interne, il était nécessaire de remettre à plat et de rationaliser notre approche du secteur de la mer. Jusque-là, la conchyliculture relevait du marché de l’agriculture, et le reste du domaine maritime était rattaché au marché des professionnels. Enfin, dernier élément qui nous a poussés à mettre sur pied cette filière : la volonté de combler un certain déficit de visibilité, en interne comme à l’externe. Le CMB fait pourtant partie des trois principaux financeurs du secteur maritime en Bretagne. À travers le lancement de cette filière mer, nous le revendiquons et entendons accélérer notre développement.

Concrètement, quelle est l’organisation retenue ?

Nous avons choisi de nous appuyer sur quatre responsables de clientèle entreprises mer qui ont chacune un savoir-faire reconnu dans la gestion de la clientèle des professionnels et déjà de l’expérience dans le milieu maritime. Elles sont basées dans les centres d’affaires départementaux que le CMB possède à Lorient, Quimper et Saint-Brieuc. Dans un souci d’efficacité, la personne en charge de l’Ille-et-Vilaine est, elle, située à Saint-Malo, car notre centre d’affaires bretillien est implanté à Rennes. Ces quatre « référentes » ont à la fois pour mission de gérer un portefeuille de sociétaires et clients sur l’ensemble du périmètre de la filière mer, d’accompagner leurs collègues des pôles d’expertises répartis sur tout le littoral breton, mais aussi d’assurer la représentation du Crédit Mutuel de Bretagne auprès des diverses organisations professionnelles du secteur maritime. Nous avons conçu quelque chose de très pragmatique, en nous inspirant notamment de ce qui fait la force et le succès du Crédit Mutuel de Bretagne en agriculture : des spécialistes en prise directe avec le terrain.
Dans le même esprit, nous avons constitué une « commission mer » composée d’administrateurs du CMB – 2 représentants par département – et d’un scientifique, Laurent Chauvaud, spécialiste de l’environnement marin et directeur de recherche au CNRS. Leurs regards et leurs expertises viendront enrichir notre approche, à l’instar de ce que peut apporter la Caisse de Bretagne de Crédit Mutuel Agricole pour l’agriculture.

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Sylvie Le Hein (Morbihan), Marina Bérardy (Côtes d’Armor), Maria-Elena Le Guen-Clavijo (Ille-et-Vilaine) et Françoise Ansquer (Finistère) sont les quatre référentes départementales de la filière mer lancée par le CMB.

Quels sont les grands enjeux dans le domaine maritime pour les années à venir ?

Nous vivons une période charnière. Les métiers de la mer connaissent actuellement des bouleversements. Et il y a plein de nouveaux paramètres – réglementaires, concurrentiels, environnementaux, politiques, sociaux… – à intégrer pour conserver le cap. Si l’on prend le cas de la pêche, la moyenne d’âge des bateaux au sein de la flotte bretonne est de 32 ans. Cela a des incidences sur les conditions de travail et de vie à bord. Et donc sur les vocations dans un secteur qui peine à recruter. C’est également une génération de navires qui consomment beaucoup. Avec l’envolée actuelle des prix du carburant, cela entraîne des conséquences directes sur la rémunération des marins-pêcheurs qui sont payés à la part. Aujourd’hui, sur certaines marées, lorsque vous ôtez les dépenses de gazole, il ne reste pas grand-chose à se partager pour les équipages. Mais dans le même temps, on trouve sur les côtes bretonnes des marins qui pratiquent une pêche côtière très sélective, en solitaire ou en équipage réduit, sur de petits bateaux, à la journée. Et eux s’en sortent très bien. Il y a plein de développements à imaginer, de nouvelles pistes à explorer, tant dans les secteurs de la pêche, que de la conchyliculture, des énergies maritimes renouvelables ou du nautisme. Notre volonté est d’accompagner les transitions de la filière mer dans son ensemble. La mer, comme l’agriculture, est une composante de l’identité même de la Bretagne. Et en tant que banque territoriale, nous avons un rôle clé à jouer.

Propos recueillis par Jean-Yves Nicolas

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