Cultures

Quelle alternative à l’engrais minéral sur prairie ?

Face au manque de disponibilité des engrais minéraux et leur prix prohibitif, d’autres leviers existent pour soutenir la croissance de ses surfaces en herbe. Petite revue de détail.

La flambée du prix des engrais vient à remettre en question la fertilisation prairiale. Quelles alternatives sont alors envisageables pour réussir à maintenir une bonne productivité ? Il faut d’abord ne pas oublier que le sol fonctionne comme un estomac. Or notre estomac ne fonctionne non pas seulement grâce aux minéraux que nous consommons mais aussi et surtout grâce à la diversité microbienne qu’il héberge et qui se développe (ou se restreint) en fonction principalement de ce que nous consommons. Une alimentation faite uniquement d’aliments ultra-transformés « vidés de vie » perturbe notre santé à moyen terme et joue sur notre sensibilité aux maladies. Le sol fonctionne exactement de la même manière.

Incontournables déjections animales

Ainsi, entre le contexte du prix haut des engrais et cette considération de la vie biologique des prairies, les effluents d’élevage sont incontournables. L’apport le plus efficace et le plus rentable demeure la répartition des bouses (jusqu’à 12 par jour) et pissats des bovins par le pâturage (le mode le plus performant est à relier à un chargement instantané élevé et un déplacement régulier du cheptel d’un paddock à l’autre). Ces déjections fraîches d’animaux en bonne santé (ration non acidogène) sont à la fois un inoculum microbien et un vrai carburant pour les auxiliaires du sol attirés dans les 2 ou 3 jours.

De plus, les épandages de fumier ou lisier placés rigoureusement entre les fauches et / ou les pâturages vont dynamiser les croissances foliaire et racinaire, améliorer la qualité nutritionnelle de l’herbe et par conséquent la production animale qui en découle. À la différence des formes minérales inerte d’un point de vue biologique, les matières organiques apportent un microbisme au sol des prairies (champignons, bactéries, protozoaires, enzymes, nématodes) et enrichissent ce dernier. Enfin, il est possible de travailler la diversité microbienne des effluents grâce à des biostimulants achetés dans le commerce ou fabriqués maison comme les EM, les LiFoFer (voir encadré)…

Extraits fermentés et solutions d’acides aminés

Autres recours pour nourrir ses prairies, les extraits fermentés (EF), préparations réalisées à partir de macérations de plantes (ortie, consoude, algue, luzerne…). Ils sont riches en microorganismes, acides aminés, minéraux et oligos très assimilables (N, K, Ca, Mg, Fe…) et en divers principes actifs jouant un rôle d’amendement organique ayant des effets sur la croissance et la protection des plantes. Ils relancent la microfaune et la macrofaune du sol.

Ces EF s’achètent (chez ElemenTerre par exemple à Inzinzac-Lochrist). Ou, pour les plus entreprenants, se fabriquent en faisant macérer dix jours 1 kg de plantes fraîches pour 10 kg d’eau de pluie – pas d’eau chlorée du robinet néfaste pour les microorganismes – avant application à 4 L / ha par passage (en associant par exemple en proportion 2/3 de consoude pour 1/3 d’algue). Il est également possible d’utiliser des spécialités riches en acides aminés (AA) d’origine végétale en fertilisation foliaire.

Leur assimilation rapide par la plante, sans devoir les synthétiser (processus énergivore pour elle), permet à celle-ci d’utiliser l’énergie fournie par la photosynthèse pour d’autres processus métaboliques. Cela améliore la productivité et la santé des plantes en favorisant une meilleure absorption des nutriments (apportés conjointement) et une meilleure valeur minérale du fourrage (G. Colla, 2012).

Ce type de produits s’achètent par exemple en réseau d’achat groupé (Page Facebook « Thé de compost oxygéné achat groupé »), auprès de la société Biotabs…

Coupler les stimulants à un acide organique

Lors des apports, les EF et AA peuvent être associés à des acides organiques, humique et fulvique (disponible par exemple via le réseau d’achat groupé cité plus haut).
Ces derniers sont des boosters de croissance naturels qui soutiennent la prairie de nombreuses manières. Ils agissent sur le sol en favorisant une meilleure agrégation au niveau de sa structure et contribuent également à un enracinement plus dense et profond. Grâce à cette meilleure porosité du sol et ce meilleur chevelu racinaire, l’assimilation des éléments minéraux du sol mais aussi de l’eau par les plantes en surface est favorisée : ces plantes présentent une meilleure santé, un meilleur développement foliaire, une meilleure photosynthèse (en faveur de la production d’énergie, d’acides aminés, de vitamines) mais aussi et surtout un meilleur rendement (Verlinden et al., 2009).

Florent Cotten / PâtureSens

Les LiFoFer, des biostimulants fermiers
Les EM, pour Micro-organismes efficaces, sont une combinaison de micro-organismes bénéfiques (bactéries, levures, champignons). Ces produits s’achètent sous forme de souche mère à démultiplier ensuite soi-même sur l’élevage. L’approche des litières forestières fermentées (LiFoFer) est une méthode consistant à multiplier les microbes spécifiques d’un milieu, ici, le sol d’une forêt endogène proche de la ferme – si les arbres en question ont plus de 100 ans, c’est mieux – afin d’en ensemencer les cultures pour booster leur activité biologique. L’éleveur réalise cette recette en totale autonomie à partir de sol de forêt, de son, de mélasse et de lactoserum… D’abord, ce mélange doit fermenter un mois en conditions anaérobies contrôlées. Ensuite, on peut en faire des solutions filles pour continuer à utiliser ces souches microbiennes endogènes. Les EM et LiFoFer peuvent être apportés sur le tas de fumier pour inoculer et laisser travailler, glissés dans le lisier au moment de l’épandage ou pulvérisés directement avec des extraits fermentés (EF).
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