Élevage

Voir Paris en rouge et noir

Animaliers dans l’âme, Guy et Guillaume Thépault, de l’EARL du Derlac’h, préparent deux vaches pour le concours de la Porte de Versailles. Une fierté pour ces amateurs de belle morphologie. 

À Bulat-Pestivien (22), Guy Thépault et son fils Guillaume partagent la passion des belles vaches. Le pointage moyen du troupeau (nouvelle table) atteint 85,5 points. Une note globale qui s’appuie historiquement sur la qualité des systèmes mammaires, « un point fort », mais pas seulement : 86,3 en mamelle, 85,6 en format, 84,8 en membres, 84,7 en solidité laitière… Actuellement, pour un effectif de 85 animaux en production, l’EARL compte ainsi 8 vaches pointées Excellentes.

Deux vaches à Paris après 50 ans de sélection

Cette année, deux femelles sont sélectionnées pour le concours de Paris. Une fierté pour les deux Costarmoricains. « Une forme de reconnaissance soulignant 50 ans de travail de sélection entrepris depuis l’achat des vaches hollandaises et anglaises par mes parents dans les années 70 », confie Guy Thépault.
Chez les jeunes, TPO Onandy (Power Red x Mad Max x Texas) se prépare à fouler le ring de la capitale. Elle a été pointée 87 points (ancienne table) en première lactation, 88 en mamelle. Elle fait partie d’une souche bien représentée dans le troupeau qui descend d’un embryon, acheté en 1997 via Évolution, issu de la souche américaine Farnear Bel Magic (Belwood). Aujourd’hui en 2e  lactation, cette belle rouge au style laitier n’est pas très grande mais présente beaucoup d’ouverture de côte. « C’est un animal équilibré qui a gagné de la largeur dans son corps et dans son pis en revêlant. Et surtout, au quotidien, elle nous fait plaisir en produisant du lait
à 35 de TP », précise l’éleveur qui a toujours su garder un œil sur la morphologie et l’autre sur la performance économique de son cheptel. Parmi les génisses de l’EARL, Onandy compte deux filles par Swingman Red et Mirand PP.

L’autre parisienne s’appelle TPO Hourm (Attic x Shottle x Spirte x Storm). Une magnifique 6e lactation de 9 ans encore jamais sortie en concours. Elle est issue d’une famille à longévité dont la tête de souche est Stel Stourm, une femelle de l’élevage Le Druillennec à Gurunhuel (22) : sa mère TPO Fourmi (88 points) va bientôt donner naissance à son 8e veau. TPO Hourm, « une vache complète », a été pointée 93 points (nouvelle table) : 97 en membres, 95 en capacité laitière, 92 en mamelle, 91 en format… « 1,53 m au garrot et bien plantée sur ses pattes, c’est un animal parfaitement adapté aux logettes. 1,12 m de profondeur de poitrine, elle est taillée pour ingérer », apprécie son propriétaire, pragmatique. Caroline Marsaud, technicienne chez Prim’Holstein France, pointe aussi « son excellente démarche, sa mamelle très haute à la très bonne attache avant ».

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TPO Onandy (Power Red x Mad Max x Texas) en première lactation. © Guillaume Moy

La doyenne du troupeau en 11e lactation

Plus globalement, Guy Thépault aime ces vieilles vaches, « celles qui font le plus de lait ». Sur l’EARL, on a compté jusqu’à 5,4 lactations de moyenne. D’ailleurs, TPO Casiopée, 14 ans, en 11e lactation, pointée Ex 93 et 97 en mamelle, est gestante. « Déjà sortie au Départemental des Terralies et au comice de Callac, c’est la chouchou qui bénéficie d’un petit régime de faveur. » À ses côtés, deux des trois 7e lactation du cheptel sont pleines. « Les deux doyennes sont des filles de Shottle. Et la moitié du troupeau a vêlé au moins 4 fois… », précise Guy Thépault qui devrait apprécier le spectacle du concours de Paris. De nombreux animaux à carrière font partie de la sélection et y seront vraiment mis en valeur. Il y aura notamment une section de 7e lactation et plus.
Les Costarmoricains regardent aussi l’avenir. Certaines génisses sont génotypées. Une fille d’Adorable issue d’une souche maison est sortie à 199 points d’Isu. Elle a été collectée par Speed Up P et Disc Jockey avant de donner naissance à une femelle de Gigabyte. Prometteur.

un manque de génisses demain ?
Pour valoriser ses prairies permanentes, Guy Thépault élève et vend des animaux. « J’aime le commerce de génisses, la négociation entre acheteur et vendeur. Je travaille par lots, c’est plus simple, souvent avec Firma Dekker, négociant à Bégard (22), pour le marché espagnol. » L’année dernière, les génisses sont parties pour 1 485 € de moyenne. « Insuffisant… On me conseille de réduire le nombre de génisses. Mais je pense que les cours remonteront à l’avenir à leur véritable prix, soit 2 000 € la tête, quand il en manquera. Il y aurait eu 70 000 naissances de génisses en moins en Bretagne l’année dernière. » Dix mâles reproducteurs issus des meilleures souches sont vendus par an.

« Des taureaux qui transmettent un bon état corporel »

Côté accouplements, « l’accent est remis sur le lait après avoir insisté sur les taux », explique Guy Thépault. « En visant des taureaux un peu plus haut de gamme. Même si avec 80 % de semence sexée, le prix moyen de la paillette reste raisonnable : entre 40 et 44 € sur la campagne. » Quand l’opportunité se présente, le gène polled est introduit : l’élevage compte 10 génisses sans cornes.

Guillaume Thépault liste les taureaux du moment : Fitz, Adorable, Chief, Discjockey, Gigabyte, Speed Up, Mitchell, Newstar… « Avant tout, des mâles confirmés. Mais aussi quelques taureaux génomiques dont on a déjà des retours sur le génotypage des premières filles. » Les deux passionnés échangent notamment avec Caroline Marsaud, technicienne chez PHF. « Le troupeau est sain en membres. Dans cette conduite pâturante et exigeante, je recommande surtout des taureaux qui transmettent de la largeur de poitrine et un bon état corporel », précise-t-elle. Guy Thépault parle d’un système « fourrager intensif » combinant performance laitière et maîtrise du coût alimentaire. Le niveau d’étable se situe autour de 9 000 kg / VL / an. Sur 110 ha de SAU, 20 ha sont implantés en maïs, 60 ha (50 accessibles) en herbe, 8 ha en trèfle violet (récolté à l’autochargeuse), 2 ha en betteraves et 20 ha en céréales.

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