Découvertes

Pour faire son crémant, Liv unit passion et patience

D’origine allemande, Liv Vincendeau s’est patiemment dotée de précieux atouts pour acheter quelques hectares de vignes à Rochefort-sur-Loire (49) et se lancer dans la production de crémants haut de gamme. Récit d’une belle aventure entrepreneuriale.

Dire de Liv Vincendeau qu’elle pétille en évoquant son métier n’a rien d’usurpé, la tête dans les étoiles quand elle chante l’âme de ses bouteilles, les pieds sur terre pour décrire la culture de son vignoble ou l’élaboration de ses vins… Un mot résume sa partition : passion !
« Je fais du vin pour trois raisons : le côté ‘‘gourmet-gourmand’’ d’un produit aux mille facettes, l’aspect patrimonial du métier et le contact avec la nature. Je me suis installée en bio, manière concrète de protéger l’environnement, ne serait-ce que le lopin de terre dont je m’occupe ».
Liv, attachée à la valeur des mots autant qu’à sa profession, a le verbe précis : « Le viticulteur est celui qui produit du raisin. Le vigneron, lui, doit le transformer en vin. C’est un deuxième métier qu’il faut apprendre avec sa dimension œnologique ».
N’étant pas « fille de », elle sait de quoi elle parle et sans un jeu bien fourni en atouts, Liv ne serait sans doute pas parvenue à faire de son rêve – créer un domaine viticole – une réalité.
Aujourd’hui, forte de huit récoltes, elle affirme sa philosophie du métier reposant sur une dimension essentielle : le temps.

En bonne santé

D’abord, le temps de prendre soin de sa vigne : « Puisqu’on lui demande de produire, elle doit être en bonne santé pour assurer un bon rendement et garantir l’équilibre économique du domaine ». D’où l’importance qu’elle accorde à la protection phytosanitaire : « Pour l’instant, je préfère traiter moi-même. Cela me permet d’être réactive tout au long de la pousse qu’il s’agisse de mildiou ou d’oïdium. Je monte vérifier dans mes vignes les conditions météo et ne pulvérise que deux rangs à la fois pour être plus précise. De plus, j’ai gardé contact avec l’ancien propriétaire qui connaît l’histoire du vignoble ».
Côté fertilisant, Liv s’oriente vers un fumier bovin fourni par une ferme locale. Résultat : même avec la conversion en bio, les rendements du vignoble se sont globalement maintenus.

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Ses crémants sont principalement exportés vers l’Allemagne et les États-Unis.

Deux sur trois

Le temps aussi d’affiner sa technique de vinification. Un vin effervescent se fait en trois étapes : la récolte (et tout ce qui la précède) suivies de deux périodes de fermentation. Pour l’heure, Liv a fait le choix de maîtriser au mieux les deux premières. Après les vendanges, elle travaille le jus de raisin dans la cave de sa ferme : « Chaque année, j’essaie d’en améliorer le processus. Je viens d’investir dans un nouveau pressoir, élément clef pour la qualité d’un vin  ».
Enfin, le temps de « l’alchimie ». La seconde fermentation commence après la mise en bouteille. On ajoute au vin levures et sucre pour lancer la prise de mousse qui dure 4 à 6 semaines. Débute alors la période dite d’élevage sur lattes où on laisse reposer les bouteilles : « Elles ont besoin de 11 °C constant et d’une certaine hygrométrie ».
Ne disposant pas de bâtiments climatisés, Liv a fait un choix original : au lieu de faire appel à un prestataire local, elle confie son vin à un partenaire de prestige : Langlois Château à Saumur, maison située à 70 km de ses vignes. « Dans leurs caves de tuffeau, pas besoin de climatisation. J’adore l’ambiance qui y règne et me dis que mes crémants ont de la chance d’y passer entre une et quatre années ». Autre argument avancé par la jeune femme : « Cela me permet d’échanger sur la méthode champenoise avec les spécialistes de chez Langlois ».  Pour autant, Liv n’exclut pas un jour d’avoir sa propre cave de tuffeau… Mais chaque chose en son temps !
Dernière question passion à une passionnée : l’identité d’un vin peut-elle aussi refléter celle du vigneron ? « Ce serait prétentieux de le dire. Son identité tient d’abord à la terre, au soleil, au ciel… En un mot : au terroir. Il nous indique ce vers quoi le vin doit tendre. C’est un peu son étoile du berger ».

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Situées sur un coteau de la rive sud du Fleuve, les vignes sont à 7 km du corps de ferme qu’elle a acheté avec son mari à Rochefort sur Loire.

Pierre-Yves Jouyaux

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

Un domaine décroché « cartes sur table »
« Un jour, un professeur m’a emmenée à Strasbourg au salon des vignerons indépendants ». Étudiante en Chimie, Liv y découvre l’univers du vin… Mais le vrai virage a lieu en 1999 quand on lui parle du lycée agricole d’Obernai. Elle s’inscrit en BPREA, passant sa 2e année d’apprentissage à Montreuil- Bellay en Anjou. Diplômée en 2001, elle travaille chez un vigneron puis intègre l’école de commerce d’Angers (ESCA). « À la sortie, j’étais responsable export chez Langlois château à Saumur ». Pourtant, entre 2006 et 2014, Liv s’éloigne du vin. Chez NEC, fournisseur de solutions informatiques, elle s’occupe du SAV à l’international. Pendant ce temps un projet couve : la jeune femme a gardé le contact avec son réseau. Bientôt la Safer l’appelle… Liv doit acquérir 7,5 ha de terre et du matériel : « Je suis arrivée à la banque avec un CV et un business plan basé sur mon mémoire de fin d’étude à l’ESCA qui traitait de la création d’un domaine viticole… ». Il lui faut 250 000 € pour financer 100 % du projet. Malgré le risque, la banque se laisse convaincre. À croire que Liv avait les bonnes cartes en main !

En savoir plus : Domäne Vincendeau, Les Lombardières – 49190 Rochefort-sur-Loire
02 41 57 21 15 –  contact@domaenevincendeau.com – domaenevincendeau.com

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