Coopératives

L’agriculteur a droit à un avenir

Entrevue avec Serge Le Bartz

Dans une conjoncture très compliquée, nous avons rencontré Serge Le Bartz, président d’Eureden. Au-delà des constats, il appelle à une prise de conscience et à la recherche de solutions collectives.

Quel constat faites-vous du contexte actuel ?

Serge Le Bartz : Nous vivons depuis plusieurs mois une période inflationniste jamais vue auparavant. Cette inflation concerne tous les postes de charge de nos exploitations : agrofourniture, alimentation, énergie, équipement… Cela fait suite à une année agricole contrastée, aux résultats hétérogènes avec un niveau de prix déjà bas. Le compte n’y est pas en productions animales (porcs, lait, bovins, volaille…) ni en bio où l’acte d’achat n’est pas au rendez-vous. Seul le prix des céréales est à un bon niveau, mais cela impacte ensuite directement le prix de l’aliment… Depuis plusieurs mois, nous alertons nos clients mais aussi les pouvoirs publics sur ces hausses de prix et sur l’absolue nécessité de les répercuter.

Quels risques cette situation fait-elle courir à l’économie agricole bretonne ?

SLB : Beaucoup d’agriculteurs risquent de jeter l’éponge ! C’est très grave car l’agriculture bretonne fait face à un important déficit démographique. Les départs en retraite sont trois fois supérieurs aux installations. Au moment où nous travaillons sans relâche à inciter des jeunes à s’installer, le signal donné par la conjoncture est catastrophique. L’agriculteur doit pouvoir croire en l’avenir de sa profession ! Et la France doit pouvoir compter sur sa souveraineté alimentaire !

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Les productions animales subissent des cours très bas, insoutenables à moyen terme.

La Bretagne connaît depuis plusieurs semaines de fortes protestations des agriculteurs qui multiplient les actions en direction de l’industrie et de la distribution. Qu’avez-vous à leur dire ?

SLB : Je veux leur dire que je partage leur volonté de faire bouger les choses. L’envolée des prix des matières premières est une bombe qui explose au visage de beaucoup d’agriculteurs et surtout de ceux qui ont investi récemment. Nous ne pouvons accepter que les agriculteurs, et en particulier les jeunes qui viennent de s’installer, se retrouvent pris en étau de la sorte. Cette situation s’ajoute, pour beaucoup d’entre eux, aux difficultés structurelles des filières animales et cela devient intenable. Il faut les entendre et travailler sur des solutions concrètes.

Au sein d’Eureden, quelles actions avez-vous menées ? 

Avec l’ensemble des salariés de la coopérative, nous mobilisons tous les outils à notre disposition. Nous avons redistribué aux coopérateurs exactement 53 % du résultat de la coopérative au titre de l’exercice 2020/2021. Nous avons mobilisé plus de 25 M€ en faveur de nos adhérents en avances et prêts sur l’ensemble de nos métiers et en particulier les productions animales. 
Nous avons aussi mobilisé nos caisses sanitaires et de péréquation. En légumes, nous avons joué la solidarité après cette campagne compliquée. La caisse de péréquation a été complètement utilisée pour un montant de 2,8 M€ notamment pour pallier des impasses techniques (retraits de moyens de protection sans solutions alternatives) ! 
Nous croyons beaucoup en l’agriculture bretonne. C’est pour cela que nous avons créé Eureden. Notre coopérative nous permet aujourd’hui de nous mobiliser sur tous les métiers. Dans le contexte des crises actuelles, Eureden seule ne peut résoudre tous les problèmes.

Quelles sont les solutions alors ?

SLB : Il n’y a pas de solution magique et les manifestants le savent. Ce qu’ils demandent  c’est que l’on comprenne leur situation et que l’ensemble des acteurs s’en saisisse, qu’il s’agisse des pouvoirs publics nationaux et régionaux, des industriels comme des distributeurs. Les élus de la coopérative et la direction sont mobilisés pour agir auprès des pouvoirs publics, des ministères, des parlementaires et de la Région Bretagne…
Il ne  faut pas se mentir à soi-même en pensant que les mécanismes existants suffiront. Nous vivons une crise grave qui demande, pour sa résolution, une mobilisation de grande ampleur, une prise de conscience forte et partagée. La réponse doit être très concrète. Tous les acteurs de la filière du producteur jusqu’au consommateur final doivent coopérer d’urgence pour construire la réponse à la hauteur de ce qu’il se passe.

Denis Ernotte

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