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Problèmes électromagnétiques : Le changement de tank provoque un naufrage

Les ennuis de Laurent Le Meitour, de Silfiac (56), datent de 2011, lorsque sa laiterie remplace le tank à lait, suite à un agrandissement. La production chute de moitié. La qualité se dégrade jusqu’à l’arrêt de la collecte, il y a quelques mois.

« La prise murale dans la laiterie a fondu après la mise en route du nouveau tank ». Le constat aurait pu s’arrêter là. Pas de quoi en faire une affaire. Une malheureuse prise à changer, un circuit électrique à vérifier et en route pour produire les 400 000 litres de référence, stockés après la traite dans un tank simplement plus volumineux. Les vaches en décident autrement. Elles rechignent à entrer en salle de traite. De 7500 litres de moyenne, la production par vache descend à moins de 5 000 litres. Les audits techniques du Contrôle laitier, du GDS et d’un vétérinaire (spécialisé dans les problèmes électromagnétiques), qui se succèdent au fil des mois, ne révèlent aucun problème technique ou manque de compétence de l’éleveur. Un « tour de table » est effectué avec les partenaires en 2014 pour trouver des solutions et échelonner les dettes qui gonflent dangereusement. Les relations avec la laiterie, basées sur la confiance au début, sont de plus en plus rudes. « Tu ne sais pas soigner tes animaux », lui rétorquent les responsables de la laiterie lorsqu’il assure que les ennuis datent du changement de tank à lait. L’éleveur se débat seul.

Apprendre à traire

Les mois passent. Les soucis financiers augmentent, comme les leucocytes (jusqu’à 600 000) qui provoquent six arrêts momentanés de collecte. Les problèmes de fertilité plombent le renouvellement du troupeau ; les veaux naissent souvent patraques. Quand ils naissent… Les génisses sont « leucocytaires » après seulement trois mois de traite. L’atelier taurillons ferme. À près de 50 ans et plus de vingt ans de carrière, l’ancien administrateur d’Évolution est sommé d’aller apprendre à traire. Il raflait pourtant des premiers prix sur les concours de Montbéliardes et a fait naître le taureau Lanister, l’un des cadors de la race. « J’ai pété un câble », souffle l’éleveur. Un magnétiseur, invité à faire un diagnostic, estime que tous les courants parasites proviennent de la laiterie. En 2016, le collecteur se décide à changer le tank et (surtout) l’ancienne ligne électrique enterrée. « L’attitude des vaches, à l’entrée en salle de traite, a changé dans le mois qui a suivi ». Mais le mal est fait. Le troupeau de haut niveau génétique se remet difficilement des épreuves. « Il faut deux années au moins pour que les vaches retrouvent une bonne santé ». Laurent Le Meitour demande un prêt à la banque pour acheter des génisses afin de repartir avec un troupeau sain. Refus. Aucun emprunt n’a été réalisé depuis 2011. Il entame une procédure, écrit au président du groupe laitier international, réclame 150 000 € de dommages et intérêts. La laiterie ne veut rien entendre. En 2020, la référence n’est plus que de 66 000 litres. Il cesse la production laitière en février 2021, après dix ans de descente aux enfers.

Longue médiation

Un médiateur de la République a été nommé récemment pour résoudre le litige. Les documents demandés pour l’expertise sont difficiles à rassembler car ils englobent la période de 2006 à 2016. « Je n’ai pas de documents comptables des dernières années car je ne payais plus les factures ». Du coup, pas de récupération de la TVA, pas de droits sociaux… « Une quarantaine d’interventions sur le tank à lait ont donné lieu à un compte rendu écrit ; seuls un tiers ont été transmis à l’expert par la laiterie ». Épuisé, et sans possibilité de payer les compétences d’un avocat, l’éleveur a fait appel à Solidarités Paysans. Un bénévole, ancien producteur laitier de Malguénac, et une salariée de l’association l’aident à voir un peu plus clair dans la paperasse. Il ne reconnaît qu’une seule erreur : ne pas avoir fait constater les dégâts par un huissier dès l’origine du problème. « Je faisais confiance ». L’élevage, qui comptait 280 animaux dans les années de croisière, n’en compte plus qu’une centaine actuellement. « Mon projet est de poursuivre l’activité en viande bovine, en croisant les vaches montbéliardes ». En autonomie, précise Laurent Le Meitour, qui, depuis quelques années, n’a pas acheté d’engrais pour fertiliser ses 115 hectares. Faute de moyens financiers.

L’environnement rend l’agriculteur seul responsable

En un an, la Bretagne a perdu 590 élevages laitiers. La production est fortement impactée par la flambée du coût des intrants. Les prix de vente ne couvrent pas les prix de revient, estimés à 399 €/1 000 L en 2020. Aux difficultés d’ordre économique, s’ajoute une pression environnementale grandissante (responsabilité de l’élevage dans le réchauffement climatique, bien-être animal…). Les soucis provoquent un épuisement majeur des agriculteurs. Quand ils se retrouvent dans cette situation, il y a trop fréquemment une remise en cause de leurs compétences par un environnement qui les rend seul responsable de la situation, amplifiant ainsi la souffrance.Paul Renault, Président de Solidarité Paysans

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