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L’ovosexage, une solution d’avenir en pondeuses

Une quinzaine d’entreprises travaillent sur différentes méthodes permettant de déterminer le sexe du poussin dans l’œuf afin de ne plus avoir à éliminer les poussins mâles des souches destinées à la ponte.

« Cela fait 100 ans que l’aviculture se spécialise. Depuis 1950, la production d’œufs par poule a été multipliée par 2 et la croissance des poulets de chair par 4. Les critères de reproduction ou de croissance étant corrélés négativement, cela a conduit la filière ponte au constat d’une non-valeur du poussin mâle pour de l’élevage en chair », introduit Maxime Quentin, directeur scientifique adjoint de l’Itavi lors d’un webinaire fin avril sur l’ovosexage. Jusqu’à maintenant la solution était l’élimination du poussin mâle à un jour. Selon des ONG welfariste françaises, cette pratique n’est pas réellement un problème de bien-être animal, car le poussin ne souffre pas lors de son élimination, mais c’est plus un problème éthique.

Un enjeu mondial

En début d’année, l’Allemagne a voté un projet de loi visant l’arrêt de l’élimination de poussins mâles à partir de janvier 2022 avec un soutien technique permettant un ovosexage avant le 6e jour d’incubation. De son côté, la France va rédiger une feuille de route d’ici la fin de l’année et s’est engagée pour l’arrêt de l’élimination des mâles pour fin 2021. Les Pays-Bas et l’Espagne se sont engagés à en faire de même pour fin 2021. Depuis le 1er janvier 2020, la Suisse interdit le broyage des poussins mâles préférant une élimination au CO2. « C’est un enjeu mondial car dans le monde 7 milliards de poules sont mises en place chaque année soit l’éclosion d’autant de mâles », précise Maxime Quentin. Il existe trois alternatives pour éviter l’élimination des mâles : le sexage in-ovo, l’utilisation de souches à double fin « Dual » (œufs et chair) mais dont les performances techniques sont moins bonnes ou l’élevage des frères de pondeuses.

Le meilleur moyen serait de ne pas incuber les mâles

« Aujourd’hui, les méthodes d’ovosexage sont nombreuses et prometteuses. On dénombre une quinzaine de technologies différentes dans le monde, mais il existe encore assez peu de données sur leur efficacité », indique Maxime Quentin. Il ajoute que la meilleure solution serait de trouver le moyen de ne pas incuber les œufs mâles. Une méthode permet d’insérer le gène GFP (protéine fluorescente) dans le chromosome Z des cellules germinales des reproducteurs. « Le passage des œufs sous une lumière spécifique fait ressortir cette protéine fluorescente lorsque l’œuf est un futur mâle permettant de déterminer le sexe avant l’incubation. Cette technique aboutissant sur un produit OGM, il n’est pas sûr que cela soit éthiquement acceptable », souligne le directeur scientifique adjoint de l’Itavi.

Des méthodes encore invasives

Une autre technique consiste à évaluer le taux d’hormones dans l’œuf. Le dosage du sulfate d’œstrone entre 7 et 10 jours d’incubation en réalisant un prélèvement du liquide allantoïque permet de bien différencier les femelles (0,312 ng/mL) des mâles (0,110 ng/mL) à J9. « En faisant le test à J8 la précision passe à 84 % alors qu’elle est de 98 % à J9. Cette méthode entraîne des pertes d’éclosabilité comprise entre – 1,5 à – 3,5 % en souche brune à – 13 % en souche blanche. » Cette méthode invasive est utilisable sur toutes les génétiques à partir de J8 mais plutôt à J9/J10 pour des questions de précision. Un temps d’attente du réactif de 30 minutes est nécessaire. La vitesse de sexage est de 3 500 œufs/heure et l’erreur de sexage est de 2 à 3 %. « C’est la première méthode automatisée disponible sur le marché. En Europe, plus de 3 millions de poules ont été ovosexées grâce à cette technique. Un couvoir à Barneveld aux Pays-Bas vient d’investir dans une machine qui sera capable d’ovosexer 3,5 millions de femelles par an. La société Respeggt France a été créée fin mars 2021 pour assurer le développement de cette technologie sur le terrain. Un couvoir français devrait démarrer ses prestations courant du deuxième semestre 2021. »

La méthode optique efficace sur souche brune

La méthode de détection des gènes spécifiques femelles est en phase de développement. Elle est basée sur la PCR d’ADN du liquide allantoïdien, elle est invasive et utilisable à J9 sur toutes les génétiques. Une start-up travaille sur le dosage de métabolites (glucoses, acides aminés) du liquide allantoïdien permettant une différenciation du sexe. « Nous sommes toujours sur une méthode invasive utilisable à J9 mais avec un dosage ultrarapide (3 échantillons par seconde) permettant à la machine d’ovosexer 5 millions de femelles par an », précise Maxime Quentin. Les méthodes optiques sont aussi explorées par certaines entreprises. Le couplage de méthodes optiques d’analyse et de modèles mathématiques pour l’interprétation est sans contact avec l’œuf et ne nécessite aucun réactif.

« L’entreprise AAT développe une méthode utilisable à J5 qui est sans contact mais nécessite l’ouverture de la coquille. Après localisation de la chambre à air par caméra thermique, la coquille est découpée au laser en laissant la membrane de l’œuf intacte. Le morceau de coquille découpé est enlevé, puis la détermination du sexe se fait grâce au spectre d’absorption. La coquille est ensuite refermée, les femelles vont dans l’incubateur et les œufs mâles seront utilisés dans l’industrie cosmétique. » Cette technique non invasive ne fonctionne que sur les souches brunes. Elle est utilisable à J13 avec une erreur de sexage inférieure à 2 %. Le bémol est la perte d’efficacité de 10 % d’éclosabilité. La machine peut ovosexer 10 millions de femelles par an. « Le développement des méthodes d’ovosexage est encore récent et c’est un véritable défi technologique. C’est une réponse intéressante à la problématique de l’élimination des poussins mâles mais leur utilisation soulève encore des questions et notamment leur acceptabilité par le consommateur », conclut Maxime Quentin. 

Avancer en même temps pour éviter les distorsions de concurrence

La France est le premier pays producteur d’œufs en Europe, par conséquent nous sommes observés par les autres pays et notamment sur cette problématique de la non-élimination du poussin mâle et du développement de l’ovosexage. C’est un enjeu fondamental pour la filière mais c’est aussi un enjeu économique car cela va nécessiter de lourds investissements pour l’accouvage. Cela va avoir des répercussions sur le prix de la poule et donc sur le prix de l’œuf. Si la distribution affiche sa volonté d’aller vers l’ovosexage des solutions seront trouvées, mais il faut de la lisibilité pour les entreprises qui vont investir. Mais sur ce sujet tous les pays devront avancer en même temps pour éviter les distorsions de concurrence.Philippe Juven, président du CNPO

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