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Menu à la carte pour les truies

L’intelligence artificielle ouvre des perspectives pour mettre en œuvre l’alimentation de précision chez la truie. Objectif, améliorer la durabilité des élevages.

Syndrome de la truie grasse dans les années 80 ; syndrome de la truie maigre dans les années 90. Puis, c’est la truie accordéon qui est entrée en musique dans les années 2000. Aujourd’hui, changement de tempo : la truie joue dans la précision. Ou plus exactement son alimentation.

Mieux valoriser la ressource

« La prédiction de consommation individuelle des truies vise à mieux valoriser la ressource alimentaire », a circonscrit Raphaël Gauthier, chercheur à l’Inrae, lors des dernières Journées de la recherche porcine (JRP). Cette orientation est encouragée par des résultats récents montrant que l’alimentation de précision, appliquée au niveau individuel ou en petit groupe, semble une stratégie prometteuse pour mieux adapter les apports de nutriments aux besoins individuels ; mais aussi pour améliorer leur efficacité d’utilisation et réduire l’excrétion et le coût de l’alimentation.

Pour parvenir à cette alimentation dosée à la petite cuiller, les ingénieurs tentent de modéliser les consommations par « des algorithmes de prédiction en temps réel ». Avec comme point départ de ce travail, près de 40 000 données enregistrées dans 6 élevages. Suffisamment pour identifier et isoler des groupes de truies présentant des comportements alimentaires similaires et qui servent de base à la modélisation. Et Raphaël Gauthier de livrer cette première conclusion : « Bien que la variabilité individuelle soit élevée, l’utilisation des trajectoires améliore la prédiction de la consommation ».

Intégrer la variabilité individuelle

Car il est bien là l’enjeu de la prédiction de consommation : intégrer la variabilité individuelle. Toutes les truies n’ont en effet pas le même appétit. Un appétit individuel qui évolue en fonction des performances, du cycle biologique, des conditions d’élevage, de la conduite choisie par l’éleveur, du type de logement, du statut sanitaire, etc. Sans oublier l’effet génétique, l’influence du climat, l’activité physique, etc.
Jean-Yves Dourmad, ingénieur de recherche à l’UMR Pegase-Inrae, pointe également parmi les paramètres « les réserves corporelles qui jouent un rôle important chez la truie ». Et de rappeler que « l’optimisation des performances de reproduction dépend notamment de ces réserves corporelles ».

Et ce n’est pas tout. Pendant la gestation, les besoins énergétiques évoluent également en fonction du rang de parité et sont aussi « très dépendants de la taille de portée ». Pendant la lactation, « les besoins varient de manière considérable en fonction du poids de la portée qui elle-même influence fortement la production laitière ». Enfin, le bilan énergétique d’une truie en lactation est « fortement dépendant de l’aliment ingéré, sachant que la plupart des truies sont en déficit ». En effet, l’accroissement de la production laitière, de près de 70 % dans les meilleurs élevages depuis 1980, a entraîné une très forte augmentation des besoins nutritionnels, alors que l’appétit des truies a peu évolué et est souvent insuffisant pour couvrir leurs besoins.
Enfin, et ce n’est peut-être pas le plus facile, les prédictions des algorithmes doivent aussi intégrer les effets à long terme de la nutrition sur la prolificité, la fertilité et la longévité des truies, ainsi que sur la survie et la croissance des porcelets jusqu’au sevrage.

Bonne répétabilité

Ce sont tous ces paramètres qu’il convient de mettre en musique dans la machine prédictive pour approcher au plus près la consommation journalière en temps réel des truies. Pour compléter, préciser et affiner la formule de prédiction, les chercheurs envisagent de consolider leur modèle avec « les données historiques d’une truie qui peuvent servir à prévoir le comportement lors de la prochaine lactation. C’est intéressant car il y a une bonne répétabilité », observe Jean-Yves Dourmad, discernant également une voie de précision supplémentaire grâce au phénotypage des truies. Et à ce titre, la production porcine peut s’inspirer de ce qui est réalisé en bovin avec l’imagerie 3D pour évaluer l’état d’engraissement.
Les équipements « intelligents » de distribution d’aliment qui naîtront de ces travaux de recherche permettent d’envisager le développement de systèmes d’aide à la décision capables de déterminer au jour le jour la quantité optimale et la composition de l’aliment à distribuer à chaque truie du troupeau. Pour simplifier la mise en œuvre en élevage, le compromis serait d’appliquer l’alimentation de précision à des petits groupes.

L’acceptabilité sociétale de l’élevage
Les systèmes de production porcine, de même que l’élevage plus généralement, sont remis en question par la société à un niveau beaucoup plus global, quant à leur durabilité à l’échelle de la planète. Ceci peut affecter les stratégies d’alimentation. Par exemple, la question de la concurrence entre l’alimentation animale et l’alimentation humaine est de plus en plus soulevée, avec des implications pratiques en termes de choix des ingrédients alimentaires et de compétition pour l’utilisation des surfaces agricoles. Certaines filières de production ou certains pays imposent également des contraintes spécifiques sur l’origine des matières premières, tels que non-OGM, produits localement, sans additifs, sans déforestation… Tout cela peut affecter, directement ou indirectement, la formulation des aliments.

Adaptation au changement climatique

« Avec le changement climatique, il y a un risque croissant d’occurrence de périodes de canicule, même dans les zones tempérées », note Jean-Yves Dourmad. Les truies en lactation sont les plus sensibles au stress thermique, car leur zone de thermoneutralité est basse en raison d’une consommation alimentaire élevée et d’un métabolisme intense, tandis que les truies gestantes sont moins sensibles au chaud, du fait de leur alimentation restreinte. « En situation de stress thermique, la modification de la composition du régime alimentaire et la modulation de la dynamique des apports d’aliments permettent de limiter la chute de performances et d’améliorer le bien-être des truies ». À ce niveau également, l’alimentation de précision est susceptible d’apporter des réponses.

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