Edito

Moins que zéro

Payer pour acheter les dettes d’un État. Aussi bizarre que cela puisse paraître, les financiers se bousculent au portillon tant l’affaire est alléchante. Ce concept d’intérêt négatif sur l’argent demeure un grand mystère pour le commun des mortels. Pour un particulier cela reviendrait à être rémunéré par sa banque pour emprunter. Autrement dit, c’est le vendeur qui paye son client et non plus l’inverse. Le monde à l’envers…

Pour expliquer cette acrobatie financière un peu saugrenue à ses étudiants, un enseignant soucieux de s’appuyer sur un cas concret pourrait prendre l’exemple du veau de 8 jours. Fin 2020, des éleveurs se sont vus « offrir » -6 € par veau. C’est-à-dire que l’acheteur embarque le veau et l’éleveur fait un chèque de 6 €. Les comptables se batailleront peut-être pour justifier qu’il ne s’agit pas d’une moins-value financière, mais d’une dépréciation de stock… Qu’importe. Le résultat est le même : il s’agit d’une perte nette. Et même plus : un acte de dévalorisation du travail de l’éleveur.

Pour compléter sa démonstration, l’enseignant en quête d’exemples concrets aurait pu aussi contacter ce fidèle lecteur de Paysan Breton, et par ailleurs très méticuleux comptable, qui a récemment adressé au journal un observatoire personnel de l’évolution des prix agricoles sur 40 ans, de 1980 à 2020 : « En 1980, le veau de 8 jours était vendu 152 € ; 50 € en 2020. L’inflation sur cette période est de 226 % : le veau aurait dû être vendu 344 €. » « Cherchez l’erreur », aurait pu ajouter l’enseignant à ses étudiants. Cet agriculteur fait une démonstration similaire pour le lait (0,27 € en 1980 ; 0,35 € en 2020 ; 0,62 €/L avec l’inflation sur la période) ; pour la viande bovine : 3,51 € ; 3,40 € ; 7,92 €. Et enfin pour le porc : 1,66 € ; 1,35 € ; 3,74 €.

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