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Les Danois acidifient les lisiers

La Commission européenne a mis la France en demeure de baisser ses émissions d’ammoniac. Le secteur agricole est visé. Les Danois ont un coup d’avance.

L’acidification des lisiers est une technique très développée au Danemark, en lien avec la réglementation axée sur la qualité de l’air. « En 2016 déjà, 20 % des effluents bovins, porcins et les digestats étaient acidifiés », indique Anne-Sophie Langlois, de la Chambre d’agriculture. Le principe consiste à transformer l’ammoniac gazeux (NH3) en sel d’ammonium, liquide, stable et plus assimilable par les plantes.

Au champ

Trois techniques sont possibles. L’acidification (ajout d’acide sulfurique) dans les bâtiments permet de réduire les émissions d’ammoniac de 50 à 70 % et de méthane de 50 % pour une cible de pH de 5,5. Les effets sur les émissions de protoxyde d’azote sont encore incertains. « Ce procédé peut être mis en place dans les nouveaux bâtiments d’engraissement porcins. Il est coûteux à l’installation, de 40 à 55 € par place de porc charcutier (fosse de contrôle, cuve de mélange, réserve d’acide), et en fonctionnement, autour d’un euro par porc produit ». L’acidification peut également se faire directement dans la fosse de stockage, avec une cible de pH de 6. La baisse d’ammoniac volatilisé à l’épandage atteint 80 %. « Le système mobile est souvent loué à des entrepreneurs agricoles. Les frais d’investissement et d’entretien sont nuls pour l’agriculteur mais la prestation est évaluée entre 0,9 et 1,90 € par tonne de lisier traité ». La formation de mousse lors de l’ajout d’acide dans la fosse entraîne une augmentation du volume d’effluent et donc le besoin en capacité de stockage. Enfin, la technique d’acidification au champ, lors de l’épandage, semble la plus efficace et la moins coûteuse. Dans la pratique, une cuve d’acide sulfurique protégée par une armature est installée sur le relevage avant du tracteur (voir Paysan Breton du 4 septembre 2020). Lors de l’épandage, un circuit sécurisé injecte dans le lisier une quantité précise d’acide en fonction du pH visé à l’arrivée. Elle nécessite moins d’acide que dans les deux systèmes précédents car le pH cible est généralement plus élevé (6,4). À ce niveau, les émissions d’ammoniac sont réduites de 90 %. « Là aussi, des systèmes mobiles sont loués à des entrepreneurs. Le coût est de 1,10 €/  m3 de lisier de porc traité ».

Encore des questions sans réponses

La technique est intéressante pour réduire les volumes d’ammoniac volatil. Des questions environnementales, économiques et sécuritaires demeurent. Sur un sol acide, un besoin de chaulage supplémentaire pourrait être nécessaire. L’apport de soufre peut être supérieur au besoin des cultures d’où un risque de lixiviation de sulfates. Le phosphore biodisponible se trouve augmenté. L’effet sur les micro-organismes du sol soulève plus de questions que de réponses. L’acide sulfurique peut être remplacé par des produits ou substances moins nocives mais le coût est trop élevé. Des études complémentaires seront réalisées pour mieux appréhender sa faisabilité dans le contexte national. 

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