Edito

Le prix du travail

Les syndicalistes agricoles font fréquemment, et à juste titre, usage de l’argument qu’il est « interdit de vendre à perte » pour réclamer des augmentations de prix. Pour démontrer qu’il vend à perte, encore faut-il que l’agriculteur connaisse le réel prix de revient de ses produits. Or, première entorse au calcul, le prix de la main-d’œuvre n’est que rarement intégré. Ou mal. Ainsi, la main-d’œuvre gratuite, encore nombreuse dans les élevages, n’est pas prise en compte ; alors qu’elle est essentielle à l’équilibre économique et financier de l’entreprise. Les agriculteurs perçoivent pleinement le poids de cette main-d’œuvre bénévole quand les parents retraités prennent de la distance avec la ferme. Oublié également dans le calcul du prix de revient, le temps effectif de travail ; tout comme l’évaluation des heures supplémentaires, des récupérations, des congés payés… et de la retraite qui le jour J ne sera pas décente faute de cotisations suffisantes en l’absence de revenu. Il est évident que si l’on intégrait tous ces paramètres, les critères de gestion couramment utilisés en agriculture n’auraient plus la même pertinence.

« En atelier lait, le travail est le premier poste de charge, bien plus élevé que le coût alimentaire », s’agaçait récemment un éleveur finistérien. Et de constater que « nos conseillers de gestion continuent de présenter des études faisant abstraction du travail et de la juste rémunération du travail alors que, depuis 40 ans, nous vendons notre lait en dessous du prix de revient ».
À l’heure où la profession s’inquiète du renouvellement des générations et surtout de l’attractivité des métiers d’élevage, un seul argument vaut : des produits agricoles au juste prix pour une juste rémunération des agriculteurs. Le reste n’est que discours.

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