« L’arbre ami de l’homme, allié de l’agriculture »

Sans Titre 1 - Illustration « L’arbre ami de l’homme, allié de l’agriculture »
Sébastien l’Hostis : « Avec l’agroforesterie, je redécouvre mon métier d’agriculteur ».
Sébastien L’Hostis plante des arbres dans ses pâtures depuis 2018. Fin janvier, il aura déjà planté quelque 1 300 plants sur 24 ha.

On ne les aperçoit pas encore de la D168 qui file de Lanrivoaré vers Ploudalmézeau. Mais dans quelques années, les plantations de Sébastien L’Hostis qui jouxtent cette départementale intrigueront certainement plus d’un automobiliste (et d’un tractoriste). Car dans ce Nord-Finistère connu pour son agriculture intensive, l’arbre n’a pas (plus) trop sa place au milieu des champs. Du moins depuis les remembrements des années 60 qui ont fait « place nette » et adapté les parcelles aux machines. Disons-le : à Ploudalmézeau l’initiative de Sébastien L’Hostis de planter des arbres en plein champ détonne…

« On ne perd pas de rendement »

L’éleveur laitier explique d’emblée que l’agroforesterie n’a rien à voir avec l’agriculture extensive. « Au contraire : 1 ha planté de 50 arbres produit 140 % de biomasse en plus sur 50 ans », cite-t-il. Et d’inscrire son projet dans le temps long : « Avec l’agroforesterie, nous sommes dans la dimension intergénérationnelle. On le fait pour nos enfants, nos petits-enfants ».
Reste que, passionné d’arbres ou pas, on ne se met pas à planter au milieu de ses champs du jour au lendemain. Chez Sébastien L’Hostis ce cheminement a pris 10 ans. « Tout a commencé sur Internet en 2007. En tapant, carbone, climat, biodiversité, etc., le mot qui sortait le plus était : agroforesterie. Du coup, j’ai découvert que l’Inra de Montpellier travaillait depuis longtemps sur ce sujet ; et, surtout, insistait sur le fait que l’on ne perd pas de rendement ». Pour un Nord-Finistérien, ce fait liminaire est rassurant…

Un arbre tous les 6 m

Première réflexion avec Alain Coïc (conseiller en aménagement à la Chambre d’agriculture), rencontres, échanges avec les conseillers de la Chambre d’agriculture ont conduit l’agriculteur de Ploudalmézeau à imaginer le visage que pourrait prendre son parcellaire d’une trentaine d’hectares groupé autour des bâtiments de la ferme laitière. « Ce projet s’est inscrit dans une réflexion globale avec conversion en bio du troupeau (effective en mai 2021), couplée à une conduite intensive de l’herbe », détaille l’éleveur qui a découpé ses 28 ha en parcelles de 32 ares pour ses 65 laitières. Et de décliner sa méthode :
« 1 are par vache et par jour, soit 0,5 are pour 12 heures de pâturage de jour et autant pour le pâturage de nuit ; ce qui aboutit en effet à des parcelles de 32 ares séparées par des alignements de plantations de 100 m de long espacées de 32 m avec des arbres plantés tous les 6 m. Des arbres qui sont protégés par un filet protecteur et un double-fil inter-parcellaire ».

14 essences différentes

Quatorze espèces quadrillent désormais les prairies. À côté des essences locales – chêne, châtaignier, frêne ; pas de hêtre car sensible au vent – figurent des plants spécifiques adaptés aux climats plus secs en prévision du changement climatique – chêne vert, aulne de Corse – ; mais aussi des espèces aux vertus asséchantes et fertilisantes comme l’aulne glutineux capable de croître vigoureusement dans les prairies inondables. « Cet aulne est une essence légumineuse qui capte l’azote comme un trèfle et le restitue à la prairie. En asséchant le sol, il devrait aussi faire fuir le jonc ».

Avec l’agroforesterie, les arbres ne doivent pas être vus comme des obstacles pour les machines agricoles mais des machines naturelles qui créent de la biodiversité, qui fertilisent la terre grâce aux racines qui remontent des éléments nutritifs d’une profondeur de 7-8 m, qui purifient l’eau de son excès d’azote, qui limitent l’érosion et qui créent un microclimat propice à la croissance des plantes et au bien-être des animaux (5 °C de moins en été sous les arbres et + 1 à 2 °C en hiver). « On produit toujours autant en mettant de l’écologie dans nos fermes ». Mais aussi, l’agroforesterie participe « à construire une image appréciée de la société », insiste Sébastien L’Hostis qui résume : « L’arbre est ami de l’homme et l’allié de l’agriculture ».

350 arbres en 2 après-midi

Un plant coûte entre 2 et 7 € selon l’essence. Pour financer ses plantations, Sébastien L’Hostis a participé au concours « Arbre d’avenir » qui lui a permis de bénéficier d’un financement intégral du groupe Accor Hôtels pour la 1re parcelle plantée en 2018. La plantation du 2e champ a été accompagnée par le programme bocage du Département du Finistère et le 3e par l’intermédiaire de l’Afaf (Association française d’agroforesterie). Restera une parcelle de 4 ha à planter en 2021. Pour planter, l’agriculteur utilise une tarière sur prise de force du tracteur. Il faut compter « 2 après-midi à deux et une bonne équipe de retraités pour planter 350 arbres dont les racines sont systématiquement pralinées ».

22 à 33 € par arbre

Depuis 1991, le Département du Finistère et la Chambre d’agriculture soutiennent financièrement la création et la restauration du bocage. La Chambre d’agriculture accompagne les agriculteurs dans l’étude de leur projet et sa mise en œuvre ainsi que la formation et l’entretien des arbres et des haies. Dans le cadre du programme bocage départemental, 80 % HT du coût des travaux sont pris en charge. En 2020, le Conseil départemental et la Chambre d’agriculture ont signé une convention expérimentale relative à l’agroforesterie intraparcellaire. L’aide va de 22 € par arbre à 33 € si l’arbre est en présence d’animaux (volailles, bovins, caprins, ovins…) ; il y a également possibilité de planter des fruitiers haut de tige et porte-greffes. La convention, qui souhaitons-le sera pérennisée, vise à faire entrer l’agroforesterie dans les systèmes d’exploitation du Finistère. Jean-Max Le Filleul, conseiller agroforestier à la Chambre d’agriculture du Finistère.


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