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Porc : Quand les crises sanitaires renversent les tendances

Les résultats économiques du premier semestre 2020 atteignent un niveau exceptionnel, tendance déjà tracée fin 2019. Depuis, les crises bousculent les prévisions établies l’an dernier. Les perspectives se compliquent pour les prochains mois.

Après une période difficile fin 2018/début 2019, la crise de fièvre porcine africaine (FPA) en Chine a provoqué une forte hausse du prix du porc en 2019 (1,49 €/kg au Marché du porc breton). La tendance s’est maintenue début 2020 avec un pic sur 12 mois fin avril vers 1,58 €/kg au MPB. Fin juin, il descendait légèrement à 1,56 €/kg. Une telle conjoncture s’est répercutée dans les résultats comptables.

Record de marge brute au premier semestre 2020

Le niveau de marge progressait déjà en 2019 à 1 450 €/truie en moyenne avant d’atteindre un pic à près de 1 770 €/truie au second trimestre 2020. Les producteurs ont bénéficié pendant près d’un an d’une excellente combinaison prix du porc/bon niveau technique avec un prix de l’aliment assez élevé mais pas trop pénalisant. En réalité, tout ceci était prévu suite à la crise FPA. Dans un tel contexte, le revenu a aussi atteint un niveau record. La situation financière moyenne s’est nettement redressée mais les disparités persistent.

Les crises sanitaires se suivent mais ne se ressemblent pas

La crise FPA en Chine poussait vers une certaine euphorie car le déficit chinois était gigantesque. C’est encore une réalité aujourd’hui malgré une reprise progressive de la production chinoise. La crise Covid-19 est venue rebattre les cartes au printemps. L’impact a commencé dès le début du confinement avec une consommation chamboulée (fermeture RHD**, plus de consommation à domicile, difficultés logistiques). C’est ensuite la contamination des salariés dans les abattoirs qui a provoqué de fortes difficultés pour une production à « flux tendus ». Pour finir, la Chine a rajouté des difficultés : contrôles sanitaires plus stricts, mise en concurrence de ses fournisseurs (UE, USA, Brésil, Canada).

La crise FPA (sur des sangliers) s’est propagée en Allemagne dont les abattoirs étaient déjà en difficulté (impact Covid). La fermeture des frontières pour l’un des principaux exportateurs européens s’est traduite par une forte baisse de prix. Elle se combine avec la mise en place de nouveaux confinements en Europe. Le prix du porc en France n’a pas résisté à toutes ces contraintes. Il diminue régulièrement à 1,28 € au MPB mi-novembre (vers 1,42 € sur 10 mois en 2020). La moyenne en 2020 risque de descendre à moins de 1,40 € / kg. La marge brute annuelle restera correcte (vers 1 300 €/truie) mais bien en dessous de certaines prévisions envisagées l’an dernier.

Le prix du porc sous tension
Dans un tel contexte, le prix du porc risque de rester sous pression. Le coût de revient devrait s’orienter à la hausse suite à la remontée du prix des céréales et du soja. L’impact des crises va probablement se poursuivre dans les prochains mois avec un manque de lisibilité des tendances. De plus, la crise économique aura un impact sur la consommation, les prix et leur négociation, ceci malgré la loi Égalim.

Georges Douguet / Cerfrance Bretagne

*UE : Union européenne
**RHD : Restauration hors domicile

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