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En reproduction, les croisées ont un temps d’avance

Les Hansen du département génétique de l’université de Minnesota (États-Unis) aborde ses derniers résultats sur le croisement trois voies.

Lors d’une récente conférence en ligne, le spécialiste américain est revenu en détail sur son article, publié dans le respecté Journal of Dairy Science le mois dernier (voir référence), comparant animaux de race pure et croisés. « La Holstein est une race magnifique. Mais sa sélection génétique est engagée depuis longtemps dans une compétition dramatique et capitalistique concentrée sur la sortie incessante de jeunes taureaux se plaçant le plus haut possible dans les classements…  », explique-t-il. Pour lui, cette sélection a trop longtemps ignoré « des caractères essentiels comme la longévité, la fertilité, la facilité de naissance, la santé… quand les pays du nord de l’Europe les avaient intégrés ».

Un taux de consanguinité pas soutenable

Pour lui, pourtant mordu de grands concours, le type d’animaux recherchés sur les rings influence la sélection vers des vaches « très grandes et très fines » qui ne répondent pas bien aux besoins de la majorité des éleveurs producteurs de lait. « La Holstein se bat sans cesse entre production et fertilité et santé. » Il dénonce notamment la consanguinité qui ne cesse d’augmenter. « Aujourd’hui, aux États-Unis, un veau Holstein en race pure qui naît présente en moyenne un taux de consanguinité de 8,6 %. Ce n’est pas soutenable. » Les Hansen présente alors le croisement trois voies comme l’une des stratégies pour conduire des animaux robustes et adaptés à la production laitière contemporaine.

Dans l’article, le spécialiste compare la production et la fertilité de Holstein pures et croisées deux voies, puis trois voies, à la génération suivante sur trois lactations (voir encadré). De multiples critères ont été décortiqués : âge au premier vêlage, taux de réussite à la première IA, doses utilisées par gestation, intervalle vêlage-IA fécondante, taux de gestation par cycle, quantité de matières grasse et protéique produite par lactation, taux, volume de lait sur 305 jours, matière utile produite par jour de vie…

Des croisées plus précoces et plus fertiles

D’abord, l’étude confirme que chez les Holstein pure, l’âge au premier vêlage baisse de génération en génération : les vaches du départ vêlaient à 23,8 mois de moyenne, leur fille à 23,2 mois et leur petite-fille à 22,9 mois… « Mais nos données montrent également que les croisées rivalisent et sont même significativement plus précoces encore chez les trois voies », rapporte le chercheur. Sur les 3e lactation, on constate que « les croisées gagnent du temps » en reprenant plus rapidement veau sur leur carrière. Cela se confirme sur le taux de réussite à la première IA. En première lactation, les Holstein pures oscillent entre 37 et 43 % contre 43 à 45 % chez les croisées deux voies et 51 à 52 % chez les trois voies. Cette supériorité en termes de fertilité se confirme chez les 2e et e 3e lactation, notamment chez les filles de taureaux montbéliards. « Sur l’ensemble des critères de reproduction, les croisées sont au moins aussi performantes que les Holstein pures. Mais bien souvent, elles sont significativement meilleures », résume Les Hansen.

« Autant de matière utile par jour de vie »

Concernant la production, les différentes générations de Holstein pures livrent ainsi de 420 à 450 kg de matière grasse en 1re lactation. « Ce sont des quantités incroyables », note le chercheur. « Mais nous avons montré que les croisées deux voies sont compétitives, surtout les filles de taureaux monbéliards. En revanche, les croisées trois voies produisent significativement moins de gras… » Ces tendances se retrouvent sur la protéine. Par contre, en termes de TB et de TP, toutes les croisées se situent toujours au-dessus des Holstein pures.
En termes de lait produits sur 305 jours, les 7 troupeaux de l’étude sont impressionnants : en 1re lactation, les Holstein pures ont produit en moyenne de 11 385 kg à 12 248 kg (là aussi, le progrès génétique de génération en génération est notable). « Concernant les croisées, les deux voies de père monbéliard rivalisent quand les filles de Viking Red sont en recul. En revanche, les trois voies produisent significativement moins », concède Les Hansen. Mais le chercheur démontre qu’en termes de matière utile par jour de vie, un troupeau engagé en croisement trois voies est compétitif avec un cheptel en Holstein pure. « Mais ces résultats ne sont pas exhaustifs. Pour appréhender l’intérêt du croisement trois voies, deux articles complémentaires seront publiés sur la santé des animaux en novembre et les résultats économiques début 2021 », annonce avec enthousiasme le professeur.

Sept élevages ont engagé 3 550 vaches dans l’étude
Cette étude impressionnante a démarré en 2007 en incluant sept élevages de l’Etat du Minnesota. Chaque éleveur a proposé une partie de son effectif dans l’essai pour plusieurs années et sur plusieurs générations. Au total, 3 550 vaches et génisses Holstein étaient les animaux fondateurs de l’étude. Les propriétaires se sont engagés à conserver 40 % de cette population initiale en race pure : ces 1 180 animaux et leur descendance ont toujours été inséminés en Holstein (avec un travail spécifique d’accouplement pour éviter la consanguinité). Ensuite, 30 % de ces femelles de départ ont été croisées avec de la semence montbéliarde et 30 % avec de la Viking Red : les F1 nées (deux voies) ont ensuite été inséminées avec l’autre race pour obtenir les G2 ou croisées trois voies. A la dernière génération, ces dernières ont reçu à nouveau de la semence Holstein… L’article récemment publié compare les résultats compilés des animaux sur trois lactations et sur trois générations, en race pure comme en croisement.

Référence. L’article paru en septembre 2020 dans le Journal of Dairy Science se nomme « Fertility and 305-day production of Viking Red-, Montbéliarde-, and Holstein-sired crossbred cows compared with Holstein cows during their first 3 lactations in Minnesota dairy herds » par A. R. Hazel,* B. J. Heins, and L. B. Hansen du département des Sciences Anaimales de l’Université de Minnesota.

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