Élevage

En quête d’une génétique adaptée au réchauffement climatique

Sébastien Fritz est un spécialiste de la génomique. Basé à l’Inrae de Jouy-en-Josas, il nous parle des axes de recherche en génétique. Interview.

Salarié d’Allice, la fédération de l’insémination, vous co-animez l’UMT eBIS (Allice, Inrae, Idele) spécialisée en génétique animale et biologie intégrative. Racontez-nous sur quoi les chercheurs planchent actuellement ?

Aujourd’hui, au sein de notre UMT, pour Unité mixte technologique, une bonne partie des projets de recherche ont comme point de départ le réchauffement climatique. Dans ce contexte, ils poursuivent deux objectifs : soit réduire l’impact de l’élevage sur le changement climatique, soit adapter l’élevage au réchauffement.

Dans la pratique, quelles sont les pistes d’adaptation des programmes de sélection pour limiter l’impact de l’élevage ?

Le projet Méthabreed, par exemple, vise à réduire la production de méthane entérique. Le but du jeu est d’arriver à mesurer les émissions de méthane à partir d’analyse du lait grâce à la spectroscopie dans le proche infrarouge. En d’autres termes, à partir du profil d’acides gras du lait, nous travaillons à développer une prédiction à l’animal de son potentiel génétique à produire du méthane en tenant compte, bien sûr, de son alimentation qui a un rôle important également sur la méthanogénèse. A l’avenir, ces outils pourraient aider à la sélection d’animaux moins impactants en termes d’émissions, c’est-à-dire de reproducteurs plus favorables sur ce critère. C’est important en termes d’image de l’élevage dans le monde de demain.
Autre piste de recherche pour limiter l’impact de l’élevage sur le climat : la réduction des périodes d’improductivité des animaux aussi bien en termes de génétique que de conduite de troupeau. On peut citer par exemple les travaux en cours sur la précocité sexuelle. Dans les races allaitantes, la tendance est à faire vêler à 3 ans, alors que beaucoup d’animaux semblent déjà capables de vêler à 2 ans. Mais ce qui est déjà concret en recherche ne veut pas forcément dire tout de suite concret sur le terrain…

Et concernant la sélection et recherche d’animaux mieux armés et adaptés au réchauffement climatique ?

Sur l’adaptation au réchauffement climatique, et notamment aux périodes de canicule de plus en plus fréquentes, le projet CaiCalor démarre tout juste. Cela débute par une évaluation des conséquences des vagues de chaleur de ces dernières années sur la production et la reproduction des vaches laitières. Ensuite, un travail sera mené pour identifier d’un point de vue génétique les vaches qui présentent une meilleure thermo-tolérance.
Des travaux existent déjà en Australie : au sein d’une population soumise à un climat à fortes températures, certains animaux présentent des baisses de performance moindres que d’autres. En croisant les données de contrôle laitier, les résultats de reproduction (particulièrement impactée par les vagues de chaleur) et les données météo, nous allons essayer d’évaluer la composante génétique en jeu dans l’adaptation des animaux à la chaleur.
Par ailleurs, dans ce contexte de réchauffement climatique, il y aura de moins en moins de ressources alimentaires quantitativement et qualitativement. Et de plus en plus de parasites selon les scientifiques. Ainsi, chez nous, plusieurs projets de recherche sont en cours sur l’efficience alimentaire ou sur la santé en s’appuyant sur la sélection d’animaux plus robustes, capables de résister aux maladies et parasites.
Dans ce contexte, sur le sujet de la robustesse, nous travaillons également sur des outils à mettre demain à la disposition des éleveurs qui font du croisement de races laitières mais ne peuvent pas aujourd’hui profiter de la sélection génomique.

Demain, valoriser les capteurs présents en élevage
Activimètre, podomètre, thermobolus… Les capteurs se multiplient dans les élevages. Aujourd’hui, sur le terrain, beaucoup servent d’indicateurs pour des phénomènes de reproduction comme la date de chaleur ou de vêlage. Peut-on imaginer qu’il servent la recherche à l’avenir ? « De plus en plus présents, ces capteurs, tout comme la mesure de biomarqueurs, par exemple le taux d’une molécule circulante dans le sang ou le lait, peuvent permettre de faire mieux et plus fin : ils doivent devenir, demain, de nouvelles sources d’évaluation de caractères au service des objectifs de sélection. » D’un point de vue technique ou technologique, le champs des possibles est immense. « Seulement, pour le futur, il est évident que le monde de la génétique et de la sélection génomique doit apprendre à collaborer avec les mondes du contrôle de performance, de la santé, de la physiologie… En travaillant ensemble sur l’élevage du futur, nous devons être capables de définir de nouveaux objectifs de sélection, de proposer des outils et des méthodes bien différents demain ou après-demain en gardant en tête que ces solutions doivent toujours être rentables pour l’éleveur. »
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