Cultures

Dans l’univers de la rhizosphère

Les connaissances sur les interactions entre les racines des végétaux et la rhizosphère s’affinent. La Chaire AEI lance un vaste essai destiné à mieux mesurer le rôle de cette zone particulière du sol.

Le milieu intime que partagent les racines des plantes et le sol va prochainement livrer des informations capitales concernant la nutrition des végétaux. Cette rhizosphère est sous l’influence directe des racines : « Ces organes sont capables de modifier ce milieu », introduit Édith Le Cadre-Barthélémy, enseignant-chercheur à l’Agrocampus Ouest. Ainsi, les plantes via leur fraction souterraine ne sont capables d’absorber du phosphore qu’à une distance de 1 mm autour d’elles. « En modifiant continuellement le milieu autour de leurs racines, elles vont pouvoir rendre disponibles les ions orthophosphates qui sont des composés très réactifs ». Sans cette modification du milieu, ces ions sont susceptibles de s’associer et d’être bloqués par d’autres composés du sol. Cette observation est réalisée par la Chaire AEI, coopération qui regroupe des coopératives, des établissements d’enseignement supérieur et l’Inra, dans le but de promouvoir une agriculture écologiquement intensive.

Transformation chimique, biologique et physique

Trois transformations de la rhizosphère par les racines conduisent à une meilleure santé et une meilleure nutrition de la plante. La 1re, d’ordre chimique, s’observe par la modification du pH. Par une acidification du milieu en comparaison à un sol entier (non influencé par les racines), l’équilibre chimique est modifié. « Cette acidification rend certains éléments solubles et disponibles ».

En libérant des particules de carbone par leurs racines, les plantes fournissent cet élément « aux micro-organismes du sol. Ces derniers ont des compétences que la plante n’a pas, comme une intense activité enzymatique capable d’absorber les éléments minéraux de la matière organique », indique l’enseignante-chercheuse, pour expliquer les interactions d’ordre biologique. Enfin, des transformations physiques sont observées dans la rhizosphère, avec « la production d’un gel au bout des racines, dont le but est de réguler l’assèchement des particules de sol. Les racines résistent alors mieux aux stress hydriques ». Ce mucigel composé d’une diversité de composés organiques a aussi un rôle de protection des organes souterrains.

Demain, des analyses plus fines
Des expérimentations sur blé cultivé en rhizobox constituent actuellement la 1re étape du protocole d’essai d’observation de la rhizosphère. Ensuite, des prélèvements au champ chez des adhérents volontaires, ainsi que dans les parcelles de l’Inra du Rheu (35), vont compléter les recherches. Pour comparer le comportement du sol d’une culture de blé, des analyses poussées de sol non influencé par le chevelu racinaire (bandes non cultivées) seront pratiquées. « Demain, nos conseils pourront s’appuyer sur des analyses précises de rhizosphère. C’est un critère central pour mener vers plus d’agroécologie », estime Guillaume Gasc, du pôle Innovation d’Eureden.
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