Edito

Âge de pierre

« L’âge de pierre ne s’est pas arrêté faute de pierres », s’amuse à répéter Patrick Pouyanné, patron de Total. Et le monde du pétrole ne s’arrêtera pas au moment où la dernière goutte coulera d’un ultime puits asséché. Quand bien même l’homme essaie-t-il de prévoir, de calculer, de modéliser, l’impondérable est souvent plus fort. Et surtout complètement inattendu. Ainsi, il y a quelques années, quand le baril flirtait avec les 100 € d’aucuns prédisaient l’inaccessibilité future de l’or noir. Or, quelques années plus tard, le prix à la pompe s’est incliné jusque sous terre sous l’injonction d’un microbe. Et demain est un autre jour. C’est-à-dire un jour différent. Imprévisible par essence…

Ces 30 dernières années, en agriculture aussi, les prévisions ont abondamment plu comme sur un automne de 2019. Mais trop souvent elles se sont résumées à prolonger des tendances sans intégrer quelconque scénario de rupture. Parce que par définition, ce scénario est imprévisible.

À l’image de l’homme de l’âge de pierre qui n’avait sans doute pas prévu l’avènement du bronze, l’homme de l’âge de silicium de la puce électronique ne peut prévoir demain. Une seule chose est prévisible : un modèle économique et politique, donc une société donnée, n’est pas éternel. Il est même plutôt éphémère à l’échelle de l’histoire humaine, comme le rappellent deux exemples parmi tant d’autres : la prospérité des grands défrichements européens se limite à une centaine d’années au XIII-XIVe siècle ; la riche histoire bretonne du chanvre et du lin épouse la même durée de l’ordre du siècle. La sixième révolution agricole qui a débuté dans les années 1930 en Amérique et s’est diffusée après la Seconde Guerre mondiale en Europe fêtera bientôt ses 100 ans. À moins qu’elle ne soit pour alors l’âge de pierre d’une autre agriculture…

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