Côtes d'ArmorEconomie, marchés et gestion

“Revisiter les pratiques pour rendre le travail possible”

En pleine crise du Covid-19, entretien avec Sylvie Le Clec’h-Ropars, directrice du Sdaec-Terralliance.
Comment votre entreprise poursuit-elle sa mission de fourniture de main-d’œuvre ?

Les 15 premiers jours de confinement, nous étions un peu « en apnée ». Il fallait tout réorganiser : télétravail pour les employés de bureau et surtout pilotage à distance des salariés de terrain. Objectif : assurer la santé de nos équipes dans le plan de continuité de l’activité agricole et alimentaire. Dans cette situation inédite et déstabilisante, nous avons dû intégrer beaucoup de données juridiques, réglementaires ou sanitaires successives. Et énormément communiquer pour rassurer salariés et agriculteurs.

Les professionnels sont-ils réticents à prendre quelqu’un de l’extérieur ?

Au départ, dans nos exploitations individuelles ou familiales et une Bretagne touchée plus tard qu’ailleurs, on a peut-être moins vite ressenti l’ampleur du phénomène. Puis l’inquiétude est montée. L’irrationalité du moment peut exacerber les peurs personnelles. Tout le monde vit le moment de manière différente. Y compris nos salariés. Sans surprise, les remplacements prévus pour les vacances d’avril ou pour des arrêts liés à des interventions médicales ont été déprogrammés. Les étudiants de retour dans les familles mettent aussi la main à la pâte le week-end après leur semaine de cours par Internet. Pour autant, le besoin de main-d’œuvre reste important.

Concrètement, comment sont adaptées les interventions ?

Chacun doit prendre le maximum de précautions pour rendre le travail possible. Je remercie les adhérents qui mettent tout à disposition pour recevoir les salariés. Il est nécessaire de revisiter les pratiques pendant cette période compliquée. Par exemple, en porc, nous conseillons que chaque salarié se concentre sur une activité pour éviter que les outils changent de mains. En lait, nous recommandons une personne dans la fosse à la traite. À la pause, un seul saisit la cafetière et sert tout le monde. Et bien sûr, chacun reste à distance des autres.

Vous continuez même à recruter…

Effectivement. Si un exploitant est dans le besoin et qu’un profil adéquat est disponible, nous organisons le rapprochement. Le contexte pousse simplement à faire les présentations d’une autre manière, sans présence physique d’une personne encadrante… Grâce aux outils digitaux disponibles, on fait beaucoup de choses à distance !

Enfin, comment ressentez-vous l’ambiance dans les campagnes ?

Le monde agricole est clairement sous pression : on s’inquiète d’avoir des soucis d’approvisionnement ou de collecte, alors qu’en amont et en aval, tous les maillons sont menacés. Certains chauffeurs confient qu’ils veulent ou vont arrêter leurs tournées car ils n’ont pas d’outils de protection à disposition ou trop de difficultés sur la route pour se nourrir par exemple.
Personnellement, je suis très préoccupée par la surcharge mentale subie par bien des femmes qui, en plus du travail habituel sur la ferme et généralement à la maison, prennent actuellement aussi en charge l’école à la maison. C’est beaucoup trop !

Propos recueillis par Toma Dagorn   

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