Côtes d'ArmorÉlevage

Les aides confortent l’envie de passer en bio

Dans un secteur où les agriculteurs ont la fibre « intensive », Nathalie et Stéphane Urvoy s’orientent vers l’agriculture biologique. Ils racontent leur cheminement pour préparer la conversion de leur élevage, une période économiquement délicate.

Installés à Loudéac (22) au début des années 2000, Nathalie et Stéphane Urvoy conduisent un atelier de 50 laitières (référence de 470 000 L) associé à une production de légumes industrie (13 ha). Après un peu plus de 10 ans à la tête de l’exploitation, le rythme de croisière a été atteint. Alors, à l’approche de la cinquantaine, le couple a eu envie d’amorcer une réflexion sur l’avenir. En 2015, ils ont fait réaliser un diagnostic par la Chambre d’agriculture. « Intensifier ? S’agrandir ? Choisir une autre voie à l’opposé de notre environnement agricole ? », s’interrogeaient-ils. Hérité de leur « vie d’avant » en tant que salariés dans d’autres secteurs, ils partageaient le souhait d’éviter la surcharge de travail qui risquait d’accompagner l’agrandissement. « Et puis, augmenter la production de lait passait par de lourds investissements en bâtiment. Il n’en était pas question », confie l’agriculteur. Mais si son épouse était prête pour un nouveau challenge « en faisant autrement », pour lui, envisager le bio constituait un « bouleversement dans la tête ».

Se concentrant sur l’objectif de l’autonomie alimentaire, Stéphane Urvoy apprécie de gérer de nouvelles cultures fourragères comme
ce méteil.

Visites et formations pour glisser vers la conversion

Suite à l’étude économique, les producteurs se déplacent à plusieurs portes ouvertes. « Pour voir comment fonctionnaient en bio des fermes de la même taille que la nôtre. » Puis, à partir de 2018, ils suivent les formations proposées par le Gab d’Armor. « Nous avons tellement apprécié la première, “Élever ses génisses en autonomie”, qu’en sortant, nous avons pris la décision de passer un jour en agriculture biologique », détaille Nathalie Urvoy. Pour se préparer, au fil des mois, ils participent à d’autres cessions sur « la gestion du pâturage et la pérennité des prairies, l’alimentation avec la méthode Obsalim, la fertilité des sols, l’homéopathie, l’aromathérapie, l’acupuncture… » Avec l’idée de mettre tout de suite en pratique à la maison, à chaque fois, les deux se succèdent en formation. « Sans cela, même en faisant des fiches, il y a trop de notions difficiles à transmettre à l’autre. »

Parallèlement, les prairies accessibles aux vaches augmentent. Les pâturages pour 3 ou 4 jours sont redécoupés en paddocks journaliers et la pousse de l’herbe désormais suivie régulièrement. « Cette gestion a amélioré le rendement. Dès la 2e année, j’ai dû débrayer très tôt des paddocks », témoigne Stéphane Urvoy.

Le plaisir d’échanger en groupe

Étape suivante, l’intégration début 2019 d’un groupe d’échanges rassemblant les représentants de 12 exploitations, aussi bien conventionnelles, en conversion que bio. « Nous avons fait connaissance avec des collègues bienveillants. Cet esprit de partage nous a accompagnés pour lancer la conversion le 15 mai 2019 », explique l’agricultrice. Finalement, « presque une libération » pour son mari. « Je prends mon métier tellement à cœur qu’un petit souci à la ferme me plombe le moral. La sérénité constatée chez les agriculteurs côtoyés m’a rassuré et encouragé », explique-t-il. Et puis, le passionné a retrouvé de nouveaux défis techniques et intellectuels stimulants comme « cultiver du maïs et des petits pois sans chimie ou atteindre l’autonomie alimentaire grâce aux méteils et aux prairies semés l’automne dernier. » Le cheptel va augmenter à 65 vaches. « Le volume de production devrait baisser entre 320 000 et 350 000 L », estime Guillaume Michel, conseiller du Gab d’Armor qui suit le projet.

Financer une révolution

Mais l’inquiétude n’est pas vraiment d’ordre technique. « C’est financièrement que la période de conversion est difficile », avoue Nathalie Urvoy. Fini le revenu des cultures de vente dont les surfaces sont désormais dédiées à l’alimentation du troupeau. « Le rendement des petits pois menés en bio va aussi reculer alors qu’ils seront vendus en conventionnel cette année. Même en ayant préparé cette transition avec la banque, cet exercice comptable sera difficile. » Heureusement, en attendant la valorisation de leur lait au prix bio, début 2021, les Costarmoricains profitent d’un complément de leur laiterie de 40 € / 1 000 L durant la durée de conversion. S’y ajoute l’aide à la conversion bio du contrat signé pour 5 ans : pour l’exploitation, c’est environ 20 000 € par an distribués par la Région dans le cadre du 2e pilier de la Pac. « En l’absence de ce soutien, la conversion est difficilement envisageable quand l’évolution du système d’exploitation est importante comme chez Nathalie et Stéphane Urvoy », estime Guillaume Michel. « Sans oublier qu’il faut bien compter 5 ans pour stabiliser son assolement en bio et maîtriser le pâturage. » Et les éleveurs d’enfoncer le clou : « Sans ces différentes aides, peu de producteurs auraient la trésorerie pour mener une telle révolution. »

Évolution de l’assolement des 96 ha de SAU

 

En conventionnel

En conversion (2019 – 2020)

Maïs

23 ha

17 ha   

Céréales

30 ha (vente) 

x

Céréales
et méteil

x

17 ha (autoconsommation)

Légumes industrie

13 ha

6,5 ha

Prairies

30 ha 

55,5 ha

Démarches et aides à la conversion bio
Le choix de la date pour débuter une conversion doit reposer sur des critères techniques. Une fois lancée, les pratiques doivent être conformes au cahier des charges AB. Parallèlement, il faut s’être engagé auprès d’un organisme certificateur et s’être notifié auprès de l’Agence Bio. Pour bénéficier d’une aide à la conversion bio dans le cadre d’un nouveau contrat pour la Pac 2020, la conversion doit avoir débuté avant le 15 mai 2020. « Concernant ces aides, si vous avez un contrat MAEC en cours, pas de nouvel engagement possible. Dans le cas contraire, l’engagement est possible dans le dispositif conversion à l’agriculture biologique pour 5 ans. » Pour plus d’informations : Gab 22 au 02 96 74 75 65
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