Porc : Sept courbes alimentaires pour un troupeau homogène

 - Illustration Porc : Sept courbes alimentaires pour un troupeau homogène
La gestante est cloisonnée. L’aire paillée est à 8 % de pente. Le passage du racleur (25 mn par jour, sauf le dimanche) est surveillé pour éviter tout problème avec les animaux.
L’état des 379 truies du Gaec du Cosquer est évalué par palpation. L’alimentation, ajustée au Dac en gestante, permet d’avoir un troupeau homogène et productif.

Jean-François Appriou, associé à son frère Jacques au Gaec du Cosquer, à Plabennec (29), est un responsable professionnel à l’emploi du temps bien chargé. « Je ne passe pas beaucoup de temps sur l’élevage en semaine. L’atelier porc – conduite en 5 bandes, sevrage à 21 jours – est mené par des salariés. J’ai donc mis en place un système simple, facile à appliquer (Jacques gère l’atelier laitier) ». Une méthode validée par les résultats de prolificité : 33,45 sevrés par truie productive et par an.

Aliment spécifique en quarantaine

22 cochettes intègrent l’élevage toutes les 8 semaines. Elles reçoivent, en quarantaine, 2,4 kg par jour d’un aliment spécifique à leur préparation. « C’est un aliment de faible densité, riche en fibres. L’objectif est de favoriser le dépôt de gras, plus que le gabarit. La ration, distribuée en un repas pour éviter la compétition, leur procure la quantité nécessaire d’oligo-éléments ». La quarantaine, séparée de l’élevage, est sur paille accumulée et en ventilation statique. Après 7,5 semaines, les 11 plus lourdes (à l’œil) sont acheminées en verraterie et mises sous régumate. Elles reçoivent alors 2,2 kg par jour d’aliment gestante, en deux repas. Un aliment riche en acides aminés.

En dernière semaine (sous régumate), la ration quotidienne monte à 2,8 kg. Elles consomment, en plus, 500 g de sucre les trois derniers jours. « Sur cette phase de trois semaines, elles doivent prendre théoriquement 1,5 mm d’épaisseur de lard, selon les données fournies par ma technicienne de groupement », indique l’éleveur. Ensuite, elles reçoivent 2,6 kg par jour de ce même aliment jusqu’à l’échographie, avant d’être déplacées en gestante liberté, dans un espace dédié aux cochettes. « Il n’y a pas de mesures d’ELD, ni de pesées, mais l’objectif de 16 nés totaux de moyenne sur les primipares est atteint. Ce sont les résultats qui valident la méthode. Pour mes salariés, je veux de la simplicité ».

Biphase en gestation

Les truies sont sevrées le mercredi. Les salles sont lavées dans la foulée pour une entrée de la bande suivante le lendemain, une semaine avant mise bas. Les sevrées intègrent la verraterie où elles bénéficient d’un flushing avec l’aliment gestante enrichi en acides aminés. Elles consomment 4,5 kg dès le jeudi. Les primipares reçoivent, comme les cochettes, 500 g de sucre pendant trois jours. « 90 % des truies n’ont que deux inséminations, les lundi et mardi matin. Les 10 % toujours en chaleur le mercredi sont inséminées une 3e fois ». Elles consomment 3,5 à 3,8 kg par jour du même aliment gestante jusqu’à l’échographie. « Elles reçoivent alors un aliment moins riche, jusqu’à trois semaines avant la mise bas, moment où elles repassent à l’aliment gestante enrichi ».

Les aliments sont distribués au Dac. Sept courbes alimentaires sont programmées selon le gabarit et l’état des truies. « En général, j’évalue les truies le week-end, par palpation des hanches et des épaules. J’observe aussi l’aspect des poils. Ensuite, j’affecte à chacune l’une des courbes alimentaires, selon deux niveaux de gabarit et trois niveaux d’état ». Six au total, à laquelle s’ajoute une septième éventuelle pour celles qui sont jugées trop maigres. « Celles-là reçoivent l’aliment gestante enrichi pendant toute la gestation ». Cette diversité de courbes en U, permise par le Dac, et l’alimentation biphase en gestante ont pour but de gagner en homogénéité de troupeau, d’abaisser la durée des mises bas, d’améliorer la qualité des porcelets à la naissance et d’accroître la longévité des truies (22 % sont en rang supérieur ou égal à 7).

[caption id=”attachment_44784″ align=”aligncenter” width=”720″] De gauche à droite : Mélanie Quéméner, groupement porc d’Eureden : Karine Petton, salariée ; Jean-François Appriou et Bleuenn Lahuec, Eureden, dans la salle de maternité de 70 cases balance. Au second plan, un doseur automatisé. Une salle tampon de 8 cases permet de réaliser des adoptions par 2 truies destinées à la réforme de la bande précédente.[/caption]

Jusqu’à 9 kg d’aliment allaitante

Dès l’entrée en maternité, les truies reçoivent un aliment péri-mise bas, riche en fibres pour améliorer le transit intestinal et en anti-oxydants et extraits de plantes, jusqu’au vendredi suivant les mises bas. L’aliment allaitante prend ensuite le relais (une seule chaîne avec doseurs automatisés). « La transition entre les deux aliments ne pose aucun problème digestif même si la truie a mis bas deux ou trois jours avant ». La ration progresse rapidement, de 500 g par jour, dès le lendemain de la mise bas. La consommation peut être vérifiée à l’ordinateur ou sur les doseurs. « Le système a un coût », admet l’éleveur, « mais, il est facile d’utilisation ». Deux séquences de repas avec l’aliment péri mise bas sont distribuées par jour, à 9 h et à 13 h 30, la première semaine en maternité.

« Les salariés démarrent leur journée à 8 h. Ils ont le temps de faire le tour des cases, de s’occuper des nouveau-nés et d’inspecter les auges avant la première distribution. Le deuxième repas, fixé en début d’après-midi, leur permet de voir si les truies ont bien mangé avant de quitter l’élevage ». Un repas supplémentaire est ajouté à 5 h quand les truies passent à l’aliment allaitante pour favoriser la consommation. L’eau est distribuée automatiquement en mélange dans l’auge à raison de 10-12 litres par jour, pour avoir un aliment consistant (le doseur libère 57 g à la fois (la truie doit bouger la sonde dans la descente d’aliment de l’auge avec son groin pour commander la dose suivante). Le complément d’eau est disponible en augettes, au pied des cases. Un tiers des truies consomment jusqu’à 9 kg, en fin de lactation.

« L’aliment péri-mise bas a permis d’abaisser le taux de mortalité des porcelets et l’aliment allaitante (Nourridrive 14), distribué en 3 repas, a permis d’augmenter le taux de fertilité de 2,9 % », assure l’éleveur. Une cure d’oligo-éléments et de vitamines est réalisée pendant cinq jours en fin de lactation. Le jour avant sevrage, la ration est divisée par deux. Le mercredi, les truies n’ont pas d’aliment et reçoivent un produit de tarissement.

Résultats de prolificité

Nombre de porcelets/truie productive/an

33,45

Nombre de nés totaux/portée

16,2

Nombre de sevrés/portée

13,07

Taux de fécondation en 1ère IA

91,8

260 gestantes, en groupe, sur paille

« Nous avons restructuré l’élevage en 2018, avec la construction d’une nouvelle maternité (cases balance), d’un post-sevrage, d’une verraterie et d’une gestante. J’ai toujours été convaincu par les systèmes de truies en liberté. La paille, en plus, répond à un enjeu sociétal. J’ai visité des bâtiments gestantes, en groupe dynamique, et j’ai conçu mon bâtiment en fonction de mes observations ». 260 gestantes sont logées dans le bâtiment. Les cochettes sont à part et disposent d’un distributeur d’aliment. La bande de truies, après insémination, est transférée par petits groupes pour ne pas trop bousculer la hiérarchie. Le bâtiment est exposé est-ouest pour éviter les chaleurs de l’été. Les deux façades sont équipées de rideaux amovibles. « La température descend à 12° C quand il fait 1° C dehors ; ce n’est pas un problème, la paille compense ». La consommation est alors supérieure. Chaque truie consomme 1 210 kg d’aliment, en moyenne, dans l’année. 7 balles de paille sont distribuées chaque semaine, en moyenne. Elles sont déposées dans les compartiments et dispersées par les animaux. « Les truies circulent bien ; il y a un effet positif sur les aplombs et l’état musculaire. La paille développe leur capacité d’ingestion ». Le risque mycotoxines est contré par l’incorporation de capteurs dans les aliments.


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